Death Parade – Du billard à la morgue

2015 touche à sa fin, et si le consensus semble être que c’était une bonne grosse année de chie, je tendrais à nuancer ces propos. Certes, l’année a extrêmement mal commencé, a mal continué, et s’est terminée sur un drame, en nous arrachant au passage des personnalités telles que Demis Roussos, Roger Hanin, Leonard Nimoy, Terry Pratchett, Sir Christopher Lee, Satoru Iwata, Shigeru Mizuki ou Julien Lepers (comment ça il est pas mort ? il va être remplacé, il doit bien y avoir une raison, non ?), sans parler de la faillite du studio Manglobe. Toutefois, cette année encore, l’animation japonaise n’est pas morte, et l’on peut oublier nos problèmes en regardant des filles mignonnes faire des trucs mignons. Comment ne pas se réjouir de ça ?

Ainsi nous voici en ce mois de Décembre à retrouver avec joie nos marronniers préférés, ce qui n’est en fait pas très logique parce que pour distinguer un marronnier d’un autre arbre en décembre, faut un œil d’arboriste. Mais vous voyez déjà où je veux en venir : parlons de l’anime de l’année, l’Anime of the Year™, abrévié en AOTY, et prononcé « Ahotéhi » parce que nique la police. Oublions un instant tous ces réalisateurs à succès, toutes ces adaptations, ces suites, ces spin-offs et autres productions bercées par la hype. En effet, pour nous ressortir de la dépression et du malaise après cette introduction riche en décès, quoi de mieux que de parler du véritable AOTY, j’ai nommé Death Parade.

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Eh oui, c’est donc dans le plus pur esprit des fêtes que nous allons parler de mort et de deuil, et de pourquoi Death Parade est incontestablement AOTY. Avec un opening pareil, vous n’allez quand même pas me dire que ça n’est pas festif !

Et pourtant. Mais retournons d’abord faire le tour du propriétaire. Death Parade est une production Madhouse réalisée par Yuzuru Tachikawa, qui n’avait avant ça réalisé qu’un OVA d’un projet cross-média que j’avoue ne pas du tout connaître, nommé Arata-naru Sekai: World’s/Start/Load/End, et un court métrage réalisé dans le cadre du Wakate Animator Ikusei Project, Death Billiards, dont on reparlera à la fin. Revenons déjà sur ce qu’est le Wakate Animator Ikusei Project : c’est le programme que les anglophones appellent Young Animator Training Project, et que l’on connaît pour être à l’origine des courts métrages de la gamme Anime Mirai.

Financé par l’agence gouvernementale pour les affaires culturelles, le projet vise à permettre aux jeunes animateurs de se former après leur entrée dans l’industrie en réalisant leurs propres petits projets au sein du studio vétéran qui les accueille. Le résultat, pour nous autres spectateurs occidentaux, ce sont ces courts métrages que j’ai précédemment évoqués, les Anime Mirai, qui peuvent se permettre de s’éloigner librement des standards de l’industrie et de proposer quelque chose de frais. Parmi ceux-ci on retrouve Death Billards, qui se verra par la suite transformé en série, mais aussi de très bonnes choses comme Little Witch Academia ou Wasurenagumo (que je recommande fortement aux fans de monster girls et aux autres), pour citer les plus connues. Ainsi, Death Billiards a été fait principalement par des jeunes animateurs, Death Parade conserve le même casting dans les grandes lignes, mais si vous ne le savez pas avant de le regarder, vous ne vous en rendrez sans doute pas compte.

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Mais assez parlé de ce qui l’entoure, parlons de l’anime lui-même. Death Parade nous propose sa propre interprétation d’une situation à laquelle tout un chacun a déjà pensé : ce qui se passe après la mort. Qui plus est, en partant du principe que vous serez jugés pour déterminer si vous irez en enfer ou au paradis (ou à tout autre endroit prescrit par votre religion), comment cela se passera-t-il ? Death Parade nous montre le processus, et bien plus encore.

Ainsi, après leur mort, les humains arrivent dans un bar, par paires de deux. Si deux personnes sont mortes ensemble, alors il y a des chances qu’elles se retrouvent assises au même bar, mais la plupart du temps, les deux personnes ne se connaissent pas. Death Parade se concentre sur le bar de Decim, le Quindecim. Decim, un grand bonhomme aux jolis yeux et aux cheveux blancs, est un arbitre, non humain et dépourvu d’émotions, dont le but est de déterminer quel sort devrait être réservé aux nouveaux morts entrant dans son bar (leur sort pouvant être soit la réincarnation, soit la disparition dans le néant).

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Quelques instants avant que les humains n’arrivent, Decim reçoit directement dans sa tête les mémoires des humains qu’il doit juger. Ces derniers, une fois arrivés au bar, n’ont aucun souvenir de leur mort (à cause, selon l’anime, du trauma causé par leur décès). Ensuite, Decim explique à ces morts qui ne se savent pas les règles de ce qui va suivre. Un jeu sera tiré au sort (ou presque…) et les deux humains devront participer à ce jeu. Il leur est dit que leur vie sera en jeu. Évidemment, cette annonce ne passe pas forcément bien, mais après avoir pu déterminer qu’il n’y avait aucune issue, ces derniers se retrouvent obligés de participer. Le jeu sera en général un jeu bien connu, comme par exemple les fléchettes, le bowling ou le air hockey (pas de ping-pong, la discipline étant réservée à l’AOTY de l’année dernière), mais généralement accompagné de petites particularités pour corser le jeu et augmenter le stress qu’il causera. Par exemple, pour les fléchettes, les zones de la cible de chaque participant sont reliées à certains nerfs de son adversaire, ce qui fait que toucher la cible le fera souffrir. Il se peut aussi que Decim corse le jeu en milieu de partie à l’insu des participants. Tout cela est fait pour que le stress causé aux participants leur fasse révéler leur « vraie » nature, d’autant que ceux-ci regagneront progressivement leurs ultimes mémoires en cours de jeu. Ainsi, en se basant sur leurs mémoires et leur comportement durant le jeu, Decim pourra juger « équitablement » les âmes des participants, qui se rendront finalement compte de la triste vérité par eux-mêmes, après avoir regagné la mémoire.

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Vous aurez pu noter que j’ai mis sans trop de discrétion des termes entre guillemets. Cela s’explique par le fait que l’anime développera au fil des épisodes une critique de son propre système et le thème de la difficulté, sinon l’impossibilité, de parfaitement juger autrui.  Mais cela n’est pas le seul thème de l’anime, rassurez-vous. En effet, au travers des clients du Quindecim, on découvrira la vie et la mort de gens plus ou moins ordinaires. Au travers des jeux, on apprendra à connaître des personnes et à les juger, et à voir son jugement évoluer. Mais bien entendu, le spectateur ne reste pas du côté des arbitres (Decim n’étant pas le seul arbitre présenté par l’anime), puisque l’on découvre la vie de ces personnages à travers des flashbacks qui nous aideront à les comprendre et à, parfois, nous identifier à eux ou à sympathiser. Que ceux qui ont souffert à l’épisode 4 lèvent la main.

Comme j’aurais du mal à écrire ce post avec la main levée, vous pouvez reposer votre main. Comme je l’ai dit, Death Parade a pour fil rouge la critique de ce système de jugement, mais pas que, puisque l’on y découvre une femme aux cheveux noirs (avec une mèche blanche) qui servira d’assistante à Decim. On apprend bien vite que c’est une humaine qui est arrivée au Quindecim en se souvenant de sa mort, et étant donc impossible à juger. Decim décide de la rendre amnésique et de la garder comme assistante jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée. Cette femme étant humaine, elle est bel et bien pourvue d’émotions et tendra à être en désaccord avec les méthodes, et parfois les décisions, de Decim.

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Voilà qui couvre globalement le côté scénario de Death Parade. Bien que faisant partie de l’immense groupe des anime qui révèlent les éléments de leur univers au fur et à mesure plutôt que d’en faire une exposition incongrue, c’est un anime dont un bon nombre d’épisodes peuvent être vus indépendamment de la série, une grande partie du talent de l’anime étant sa capacité à construire et déconstruire des personnages en un temps limité, sans manquer d’émouvoir. Puisque je viens de me rappeler que ceci est en fait un blog, je vais partager mon ressenti : sans vouloir vous faire part d’une fierté masculine déplacée, loin de là, je dois vous dire que je suis quelqu’un qui ne pleure pas beaucoup, voire pratiquement jamais. Niveau films et séries, j’ai pleuré à la fin du Tombeau des Lucioles, et je ne me souviens pas d’autres œuvres de fiction (enfin, quasi-fiction dans ce cas-ci) qui m’ont fait pleurer. Eh bien à l’épisode final de Death Parade, et je vous le dis sans honte, j’avais les yeux qui piquaient grave. Je me suis balancé un bout de temps au bord des larmes avant de me reprendre. La fin de l’épisode 4 aussi m’a fait souffrir dans mon kokoro très fort, et je suis convaincu que chacun d’entre vous pourra trouver dans un personnage de Death Parade un miroir de ce qu’il pourrait être dans ses ultimes moments, ou de sa vie en général.

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Rien que revoir la toute fin de l’épisode pour l’article m’a fait mal.

Réalisé avec soin et intelligence, Death Parade est un bel anime dans tous les sens du terme. S’il ne cache pas un goût pour le mélodrame qui ne parlera pas forcément à tout le monde, et propose un fil rouge thématique qui ne mène pas nécessairement à grand-chose, Death Parade est avant tout, pour moi, un recueil de petites histoires toujours intéressantes malgré leur fin inévitablement tragique. Ces histoires passent à travers des personnages qui profitent d’un jeu d’acteur riche, soutenu bien entendu par le travail des seiyuu mais aussi par les animateurs qui se sont clairement décarcassés pour produire des personnages très expressifs. Et si le sort des personnages est inchangeable et que l’anime parle de deuil, d’échec et d’autres choses pas trop cool, je pense que c’est un anime avec un message de fond très positif (ce que souligne l’opening super festif que vous pouvez entendre plus haut) : en témoignant des regrets des morts, il nous pousse à faire aujourd’hui ce que l’on pourrait repousser à demain, et à profiter de la vie qu’on a la chance d’avoir avant qu’il ne soit trop tard. Désolé pour cet instant cucul la praline, mais fallait que je le dise. On n’oubliera pas de noter une bande-son très réussie et parfaitement dans le ton, signée Yuuki Hayashi (un petit gars en activité dans le milieu depuis 2011, qui n’a rien fait d’autre de véritablement exceptionnel à ma connaissance).

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J’espère avec tout ça vous avoir convaincu que Death Parade est un anime à voir pour tous (les thèmes et le contexte le laissant ouvert à un très large public, même à des gens qui n’aiment pas forcément l’animation japonaise), et pour conclure on va parler rapidement de Death Billiards, le court métrage sorti deux ans plus tôt dans le cadre des Anime Mirai. Ayant vu la série avant, je m’attendais à me retrouver face à un pilote, une version finalement assez différente et peut-être un peu plus grossière de Death Parade, mais il n’en était rien. Tous les éléments de l’univers de Death Parade, ou presque, sont présents, et au final je l’ai regardé plutôt en ayant l’impression de voir un OVA qu’autre chose, du more of the same, quoi. On y voit une partie de billard entre un trentenaire et un vieillard. En l’occurrence, Decim ne semble pas avoir l’option de corser le jeu pour pousser à bout les joueurs (en même temps, il n’en aura pas besoin), et au lieu de les regagner progressivement, les participants regagnent leurs mémoires d’un coup à la fin. D’un côté, on peut trouver ce développement moins artificiel que ce à quoi la série nous a habitués, mais de l’autre, le fait de n’avoir une vision globale des mémoires des personnages qu’à la fin rend la conclusion un peu abrupte et pas forcément très bien amenée. Malgré tout, c’est du très bon travail pour une équipe de novices, et Madhouse a eu la bonne idée en leur donnant la chance d’en faire une série. Si vous avez déjà vu la série, je vous conseille tout de même le film, qui est un très bon moment à passer, et si vous n’avez pas vu la série, je pense que voir le court-métrage sera la meilleure publicité qu’on puisse faire de l’anime.

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Voilà qui conclut ce post sur ce qui est objectivement l’AOTY 2015. J’espère vous avoir donné envie de le voir, et je vous donne rendez-vous pour un article la semaine prochaine qui sera consacré à je-ne-sais quoi (l’article bilan de l’automne viendra probablement bien plus tard que ça). Joyeux Noël !

Une réflexion sur “Death Parade – Du billard à la morgue

  1. L’épisode 4… *lève la main*
    Je suis tout à fait d’accord avec toi pour dire que c’était l’Anime de 2015.
    Etant assez difficile, j’ai beaucoup de mal à trouver mon compte dans les anime de ces dernières années. Death Parade a vraiment été la nouveauté rafraîchissante qui m’a fait danser, chanter et pleurer. Et aussi réfléchir.
    La métamorphose de l’animation japonaise en moyen de promotion de l’industrie du manga est quelque chose que je trouve regrettable, mais a malheureusement été inévitable. Au milieu des gays et des boobs, Death Parade est complètement passé inaperçu (au Japon du moins), et ça m’a dégoûtée.
    J’espère quand même qu’à l’avenir, des studios de qualité comme MadHouse oseront à nouveau produire ce genre d’anime, qui sont les vrais bijoux de l’animation japonaise d’aujourd’hui.

    J’en profite pour faire ma petite pub, étant nouvelle sur WordPress :3 N’hésite pas à venir jeter un petit coup d’oeil à mon blog et à donner ton avis^^

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