Kokou no Hito – Monts et merveilles

J’ai un aveu à faire : j’aime la montagne. Hier soir, alors que j’étais allé voir Spectre en famille, j’ai un peu badé pendant quelques minutes en regardant James Bond faire de la luge dans son biplan au beau milieu des Alpes autrichiennes. Attention, à partir de là je deviens nostalgique, ça me rend con et lyrique, donc considérez-vous prévenus. Car si je ne tiens pas à insulter la mer que tant d’entre-vous chérissent, je serais incapable de ressentir un centième de ce que je ressens, écrasé devant la majesté d’une chaîne de montagnes, en constatant l’habituelle platitude azurée des eaux que le smicard admire depuis les côtes de sa Normandie avec le même regard vide depuis l’avènement des congés payés. La montagne offre sa beauté et ses bienfaits autant à ceux qui désirent aller à sa rencontre qu’à ceux qui désirent rester à une distance sécuritaire. Impossible de ne pas se dire qu’on est bien peu de choses en se baladant dans les Alpes, face aux arbres innombrables, à la faune timide, aux pics intimidants et à la neige qui, même se fait de plus en plus rare sur le flanc de nos montagnes, continue à trôner sur tout cela. En vérité, la montagne est un lieu de recueillement pour quiconque aurait oublié la beauté du monde. J’avais prévenu, hein.

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À 5000m en plein Himalaya. Tout. Va. Bien.

Ainsi, en ce Noël pratiquement sans neige au Canada (!), je considère qu’il est de mon devoir de parler de Kokou no Hito (signifiant « L’isolé »), aussi appelé Ascension en France. Dessiné et, dans sa grande majorité, scénarisé par Shinichi Sakamoto, c’est un seinen sportif franchement pas banal. Comme je l’ai lu il y a un certain temps et que je n’étais pas prêt à relire les 17 tomes pour  cet article, je serai bref, histoire d’éviter de dire des conneries. Mais ce n’est pas grave, les images vaudront des milliers de mots. En effet, Sakamoto dessine Kokou no Hito dans un style réaliste, ce qui ne l’empêche pas de dessiner des scènes grandioses, extrêmes ou extravagantes. Mais nous y reviendront plus tard.

D’abord, parlons de l’histoire. Kokou no Hito suit la vie de Buntarou Mori, du lycée à la trentaine. Quand il arrive au lycée, Buntarou n’a qu’une passion : ressembler le plus possible à son idole de toujours, Sasuke. Jeune homme ténébreux et ne s’ouvrant à personne, il se fait chier en beauté au lycée et tente d’éviter tout contact avec autrui. Ça, c’est jusqu’à ce qu’un camarade un peu délinquant lui dise « t’es pas cap de grimper jusqu’en haut de la façade du bahut ». Retournement de situation : il est cap. Durant cette courte mais intense ascension, Buntarou se découvre une passion pour la grimpette, il découvre qu’il se sent véritablement vivant quand il met sa vie en jeu en tentant d’aller toujours plus haut. De fil en aiguille il rejoint un club d’alpinisme et développe cette nouvelle passion, tandis que les autres membres du club et le professeur responsable découvrent la personnalité de Buntarou, qui est un garçon maladroit à bien des égards mais résolument solitaire.

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A partir de là, le manga nous montre l’évolution de ce personnage, de sa vie d’alpiniste, et, une fois sorti du lycée, de sa vie d’adulte. Si le manga ne cache clairement pas son amour pour le drame, il ne fait pas de Buntarou une victime de sa propre solitude, ni une victime tout court. Il se passe des choses autour de lui, il lui arrive des choses, mais il n’est pas vraiment fait de reproches aux choix de vie de Buntarou. Là où d’innombrables shonens aux valeurs mille fois répétées tenteraient de faire sortir Buntarou de force de sa solitude ou de lui montrer des conséquences tragiques de ce choix, Kokou no Hito ne fait rien de tout ça, et prend le parti intelligent de faire évoluer de façon très progressive et naturelle son personnage, sur les plans psychologique et sentimental. Si un traitement assez neutre du thème de la solitude vous intéresse, c’est donc encore une autre raison de lire Kokou no Hito. Une fois de plus, ça fait un bail que j’ai lu le mangasse donc pardonnez-moi pour être resté vague et corrigez-moi si je me trompe sur un point ou si j’en oublie d’autres d’aussi importants.

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Franken Fran, sors de ce corps.

Par contre, le problème dans tout ça, c’est que comme je l’ai dit, Buntarou est assez maladroit, notamment dans sa façon de s’exprimer. Il a du mal à communiquer avec autrui, et du coup pour parer à ça, Sakamoto nous montre directement ce que ressent Buntarou à travers des métaphores visuelles, en illustrant les émotions, les impressions, les perceptions et les souvenirs de ce dernier. Ainsi, si le manga ne cesse jamais d’être réaliste (c’est pas moi qui le dit, c’est la Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade), on se retrouve assez souvent face à des scènes fantastiques illustrant très efficacement ce que ressent Buntarou. Plus on avance et plus le figuratif se mêle à la réalité, allant de courtes hallucinations à des trucs rappelant une Eclipse de Berserk.

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Tout cela est soutenu par le style réaliste et détaillé d’un Sakamoto qui maîtrise l’anatomie humaine autant que tout ce qui touche à l’alpinisme (du moins au niveau du dessin), et qui, tout du long de la vie d’alpiniste de Buntarou Mori, de scène en scène et d’une ascension à une autre, achève de rendre le manga impressionnant et mémorable, en nous offrant toute la beauté et tout le danger des montagnes sur un plateau rocheux.

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