Medaka Box & Shounen Shoujo – Dévissage du genre

Le billet d’aujourd’hui sera court pour plusieurs raisons. Déjà parce que je suis incapable de gérer mon emploi du temps et que je me retrouve une fois de plus à devoir écrire mon article hebdomadaire en jetant un coup d’œil toutes les trente secondes à l’horloge pour être sûr de publier avant minuit, et puis aussi parce qu’on va parler d’un manga assez connu, même s’il mériterait de l’être plus, ou mieux. Pour être plus spécifique, on va parler de deux manga qui partagent le même duo d’auteurs, c’est-à-dire le fameux Medaka Box, et le tout nouveau Shounen Shoujo, tous les deux enfantés par NisiOisiN à l’écriture et par Akira Akatsuki au dessin. J’ai déjà parlé de NisiOisiN, notamment dans mon billet sur Kizumonogatari, et je n’ai en fait pas grand-chose à dire d’Akira Akatsuki, puisque je n’ai pas lu d’œuvres qu’il ait dessiné sans l’appui de son ami Nisio. On va juste dire que les deux ont des styles bien reconnaissables chacun à leur façon, et on va enchaîner.

Parlons donc directement de Medaka Box. Pour quiconque ne connaîtrait pas du tout la chose, Medaka Box est un shounen qui a été publié dans le Shounen Jump entre 2009 et 2013. La série a tendance à avoir mauvaise réputation, et malheureusement, c’est compréhensible. La première raison est que l’adaptation en anime à laquelle elle a eu le droit n’était, paraît-il, pas terrible. Je ne l’ai pas vue mais j’imagine sans peine pourquoi elle n’a pas fait vibrer les foules. La seconde raison, qui rejoint la première, est que Medaka Box a un début très très chiant. Mais nous y reviendrons, parlons d’abord du pitch.

medaka_box-02medaka_box-03

Medaka Box nous propulse dans un lycée, histoire de faire original, où la présidente du conseil étudiant, une certaine Medaka Kurokami, a déclaré qu’elle résoudrait les problèmes de quiconque viendrait à déposer une requête dans la boîte à suggestions qu’elle a mis en place. Cette Medaka est, en plus d’être assez excentrique, complètement craquée. Tout ce qu’elle entreprend elle réussit, et tout ce qu’elle pense est juste. D’abord seule et occupant tous les postes du conseil, elle forcera bien vite son ami d’enfance, Zenkichi Hitoyoshi, à la rejoindre. Ce dernier, qui se présente comme un allié de Medaka, n’a pas de compétences particulières, mais par contre il est, comme tout bon protagoniste de shounen, extrêmement persistant. Le début du manga se présente un peu comme un slice of life estudiantin où Zenkichi, Medaka et quelques autres vont résoudre tour à tour les ennuis de leurs condisciples. Et au bout d’une douzaine de chapitres somme toute assez ennuyeux, le manga prend son envol vers des arcs de baston remplis d’adversaires hauts en couleurs, de compétences spéciales folles et autres délires shouneniens, allant à chaque fois de plus en plus loin d’arc en arc. Vous allez me dire, on reconnaît bien là le pattern du manga qui échoue à convaincre dans ses premiers chapitres et qui vire sa cuti au bout d’un ou deux tomes histoire de regagner en popularité. C’est un schéma connu, qu’on a pu voir par exemple dans Katekyou Hitman Reborn!, et ce n’est pas un compliment. Oui, mais. Instant fanboy, si vous me permettez. Il faut tout de même se souvenir que c’est NisiOisiN qui a écrit Medaka Box, et je ne vois franchement pas le bonhomme écrire du slice-of-life médiocre sans avoir une idée derrière la tête. Pour moi, ce changement abrupt de genre n’est rien d’autre qu’un premier exemple d’un principe qui suivra le manga de sa genèse à son épilogue : la déconstruction du genre.

medaka_box-06.png
[X] Genuflect.
Eh oui, « déconstruction du genre », le terme est lâché, on a osé le ressortir, n’ai-je pas honte ? Non, je n’ai pas honte, alors parlons-en. Pour rappel, la déconstruction du genre, c’est un terme qu’on voit sortir extrêmement souvent dès que quelqu’un parle d’un certain Mahou Shoujo MadokaMagica. En somme, ça consiste, au sein d’une œuvre, à jouer avec les codes d’un genre, ses lieux communs et tout ce qui suit, pour permettre ensuite aux lecteurs de se chier dessus sur la page TVTropes de ladite œuvre. Pour reprendre l’exemple de Madoka, Gen Urobuchi y reprend les bases du genre magical girl, avec ses jeunes filles qui font un contrat avec une mascotte avec pour objectif de lutter contre un mal d’origine surnaturelle, et puis il rajoute sa sauce avec comme ligne conductrice « ne faites jamais confiance à une petite créature rigolote qui fait un contrat mystique avec une jeune fille dans une ruelle sombre », et c’est parti comme en quarante. Si vous n’avez toujours pas vu Madoka, foncez, c’est de la bonne.

medaka_box-05.png
Vous aussi, décomposez et exposez les motivations de votre personnage principal quinze tomes après le début de votre manga. Simple et élégant, à faire en famille.

Mais revenons à nos oignons, c’est-à-dire Medaka Box. Plutôt que de s’en servir comme base pour son scénario (scénario qui est somme toute classique si on le regarde dans les très grandes lignes), Medaka Box se sert de ce principe comme d’un moteur, une source d’idées et l’instigateur de nouvelles intrigues. Partout où il va, le manga sème derrière lui des clichés revisités et des concepts de shounen de bagarre remis à plat. Je sens que je ne vous convaincs pas, alors donnons des exemples. Tout d’abord, l’héroïne, Medaka, est clairement ce qu’on appelle une Mary Sue, un stéréotype de personnage féminin idéalisé jusqu’aux frontières de la perfection. Cette héroïne parfaite, elle va souffrir de sa perfection qui va finir dans certains arcs par l’isoler des autres personnages, et qui va pousser Zenkichi à se rebeller contre elle pour lui montrer qu’elle est TROP parfaite. Toutes ces embrouilles autour du concept même qui fait son personnage vont être le moteur d’un ou plusieurs arcs (je travaille de mémoire donc pardonnez mon imprécision). Bien entendu, on n’a pas que cela, on peut aussi citer un méchant dont le pouvoir est simplement de mettre un grain de sable dans les rouages bien huilés du genre. Si vous avez déjà lu un shounen de bagarre ou de sport, vous savez que les blessures qu’un personnage peut subir lors d’un combat/match finiront assez rapidement par se soigner d’elles-mêmes une fois le combat fini. Dans JoJo’s Bizarre Adventure, par exemple, il y a toujours depuis la partie 4 un personnage doté de capacités de soin dans l’équipe, pour des raisons pratiques. Eh bien ce méchant de Medaka Box dont je parle, sa capacité est tout simplement de retirer cette option des mains de l’auteur, à la fraîche : tout ceux qu’il blesse ne peuvent être soignés, tout ce qu’il brise ne peut être réparé. Et juste en virant ce lieu commun que les lecteurs prennent pour acquis, il met les protagonistes très très profond dans la merde.

medaka_box-01.pngCe ne sont que deux exemples, et je vais m’en tenir là pour ne pas trop en dire et parce que ma mémoire est assez mauvaise, mais Medaka Box est un manga qui doit être lu de façon attentive, en cherchant toujours la petite bête. Cela ne l’empêche pas non plus d’être, même sans tout son sous-texte méta, un très bon shounen de baston. Qui plus est, NisiOisiN oblige, Medaka Box a beaucoup de personnages très spéciaux. J’ai déjà parlé dans le billet sur Kizu des caractéristiques des personnages de Nisio, et là on est en plein dedans, Medaka Box est bourré de personnages excentriques et reconnaissables, aux façons de penser très particulières. S’il ne fallait en citer qu’un pour les gouverner tous, ça serait à l’unanimité la plus totale qui soit, l’extraordinaire Misogi Kumagawa, ce grand dingue, incroyablement charismatique et imprévisible de A à Z, mais je ne veux pas lui faire l’insulte d’en parler rapidement, alors lisez et vous saurez. Pour en finir avec Medaka Box, beaucoup le détestent en disant que c’est un slice-of-life qui a mal tourné, beaucoup médisent en disant que c’est un shounen de baston bof qui a très mal commencé, mais vous et moi saurons ce qu’il en est vraiment. C’est une visite guidée dans le monde du shounen avec un guide mentalement très peu stable, au sein d’un très bon shounen. J’espère vous en avoir rendu curieux si vous ne le connaissiez pas, sachant qu’un article complet sur Medaka Box demanderait de dire beaucoup plus que ça (et que je le relise pour être plus précis et pertinent). Et si je ne vous ai pas convaincu, vous pouvez toujours aller faire un tour du côté de sa titanesque page TVTropes pour achever de vous donner envie, avec modération bien entendu.

medaka_box-04.png
「Le pari était que si elle perdait, elle ne pourrait plus porter de vêtement, sauf un tablier.」

Du coup, pourquoi je vous parle maintenant de Medaka Box ? De un, parce que c’est génial et que plus de gens devraient le lire, mais aussi parce que son duo d’auteurs, qui ont d’ailleurs aussi fait plusieurs one-shots ensemble, ont commencé une nouvelle série dans le Jump SQ en janvier de cette année, et que du coup forcément j’étais comme un dingue en imaginant ce que ça pourrait être. Ça s’appelle Shounen Shoujo, parlons-en. On y retrouve un jeune garçon (pour l’instant sans nom) qui a des petits problèmes, à plus d’un égard. En effet, il est incapable de distinguer les gens les uns des autres, mais ça dépasse le cadre de la prosopagnosie, puisque non seulement il ne peut pas distinguer leurs traits, mais il est aussi incapable d’entendre leurs noms et même parfois de comprendre ce qu’ils disent à moins de se concentrer. Pour ce garçon, l’ensemble de l’humanité manque de personnalité, d’individualité, tout le monde se ressemble et rien ne se distingue de la masse. Le manga mélange dès les premières pages l’extradiégétique et l’intradiégétique, puisque cette particularité mentale apparaît au lecteur sous la forme de ratures : les visages des personnages sont raturés au crayon (un peu comme dans Koe no Katachi), mais aussi leurs propos et leurs noms, au sein des phylactères. Ce n’est toutefois la seule particularité du garçon, puisqu’il se retrouvera bien vite à vomir du sang noir.

shounen_shoujo-01.png

Le voilà à l’hôpital, où un médecin sans identité lui explique que tous ces symptômes proviennent d’une maladie nouvelle et incurable, qui n’a même pas encore de nom, et qui lui sera fatale quand il atteindra l’âge de 12 ans. La réaction du gamin ? L’hilarité la plus totale. Une maladie inconnue, dont il est le seul patient et à laquelle il pourra donner son nom quand il en mourra ? Voilà qui fait enfin de lui un être incroyablement spécial, bourré d’individualité ! Plein de gens célèbres dont il ignore tout viennent lui rendre visite, à lui, le seul patient de cette maladie rare inconnue, il se sent terriblement supérieur à la masse, bref, tout va bien dans le meilleur des mondes pour lui. Quand soudain lui rend visite une jeune fille dont il peut voir le visage : une autre patiente, pleine d’individualité, atteinte de la même maladie. Elle n’avait en fait pas réalisé que c’était une maladie avant que le cas du garçon soit révélé à la terre entière. Le problème : elle est légèrement plus vieille que lui, et en mourra donc avant. Le garçon n’a donc plus qu’une idée en tête, se débarrasser d’elle pour rester le patient alpha, l’être unique dont le nom sera marqué dans les livres d’histoire des générations futures.

shounen_shoujo-02.png

Voilà donc ce bon délire qu’est le premier chapitre de Shounen Shoujo. Les idées originales s’enchaînent les unes les autres, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il est difficile de voir dans quel sens le manga va véritablement partir. Pour l’instant seuls les deux premiers chapitres (donc environ 80 pages en tout) sont sortis, puisque le Jump SQ est un magazine mensuel. Le second chapitre en rajoute habilement une couche, et le complexe du garçon sur son manque de personnalité par rapport à la fille s’amplifie tandis qu’on en découvre plus sur elle. Personnellement je trouve ce début très encourageant, et j’ai hâte de voir la suite, et je n’en dirai pas plus vu qu’il n’y a pas d’intérêt à tenter de faire une critique d’un manga qui en est à son deuxième chapitre. Tout ce que je peux dire c’est que les paris sont ouverts vis-à-vis de l’orientation que le manga va prendre, mais dans tous les cas je fais confiance à ce duo pour nous offrir un mangasse de qualité.

Voilà, ça sera tout pour cette semaine. J’ai décidé que je voulais donner un peu de sens au titre de ce blog, donc la semaine prochaine on va parler de hentai, et notamment d’un auteur bien connu. Notez que l’article sera SFW, donc pas d’images de bites ou de chattes (ou alors habilement censurées), et qu’on restera très vanilla pour le moment. J’aimerais vous dire que l’article sortira plus tôt que d’habitude, mais je me connais, alors bon. Dans tous les cas, passez une bonne semaine.

shounen_shoujo-03

Une réflexion sur “Medaka Box & Shounen Shoujo – Dévissage du genre

  1. Je suis Medaka Box depuis le début (je l’ai commencé en scans fr et j’ai acheté les tomes à la commercialisation parce que j’aimais beaucoup) mais moi c’est plutôt le début que je préfère.
    Pas seulement le début slice of life, mais jusqu’à… jusqu’au tome 11, à l’arrivée des 5 lolis. A partir de là, j’ai perdu un peu d’intérêt (mais j’ai continué à acheter).
    (Même si j’adoooooooooore le combat de Wonder Tsugiha (chapitre 112, tome 13). Meilleur combat de cet arc, peut-être même de la série tout entière. <3)

    J'ai du mal avec Kumagawa. Jusqu'au tome 11, je le trouve dérangeant et malsain (signe qu'il est réussi ?). C'est un troll, et j'aime rarement les trolls (même si je respecte sa créativité dans ce domaine).
    Ça va mieux à partir de ce fameux tome 11, mais il devient un peu fade. Ce paradoxe, il devient plus supportable à partir du moment où j'aime moins la série, alors que ce n'est pas lié. Un troll de plus à son actif. =p

    Les derniers arcs (après la chasse au trésor, je crois) me passionnaient pas. J'oubliais même qui étaient certains des personnages. J'ai retrouvé de l'intérêt avec les utilisateurs de linguistique, tout particulièrement le combat de Yoka Nazé, mais c'est redescendu ensuite.
    Ça reste une série sympa, mais ça fait un bon moment que j'ai plus la hype à la fin d'un tome (pourtant, ça m'intéresse de voir à travers les codes du shonen, enfin je le croyais).
    S'il y a bien un shonen que j'ai découvert en scans et que je veux voir commercialisé, c'est Aiki. :bave:

    Ça m'a donné envie, Shounen Shoujo.

    J'aime

Lâchez vos comz

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s