Shouwa Genroku Rakugo Shinjuu – C’est l’histoire d’un mec

Cette semaine, comme toutes les semaines depuis environ un mois, je vais vous parler d’un anime de la saison d’hiver. Ne vous inquiétez pas, c’est le dernier, le prochain article qui traitera de la saison sera le bilan global de la saison. Et je ne me moque pas de vous, puisque je vais encore vous parler d’un anime de très bonne qualité, et qui est sans doute passé sous le radar de beaucoup de gens qui auront vu le sujet et auront laissé tomber direct. Dissipons les inquiétudes.

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Cet anime, c’est Shouwa Genroku Rakugo Shinjuu, aussi connu en France sous le nom de Le Rakugo ou la vie. À la base, c’est un manga de Haruko Kumota, une mangaka qui jusque-là n’avait fait que du yaoi ou du shounen-ai. S’il est devinable, ce passif ne se ressent pas vraiment dans la série, donc pas d’inquiétude si vous êtes allergique à certains tics du genre, et de toute façon SGRS n’est pas une histoire yaoi ou shounen-ai. Le manga est toujours en cours de publication, mais une fin est annoncée pour le 7 juin, et on est en droit d’espérer que la seconde saison d’ores et déjà annoncée de l’anime couvrira donc tout le reste du manga.

L’anime, donc, il est produit par le studio Deen (une fois de plus, n’ayez pas peur), et parmi le staff on retrouve notamment Mieko Hosoi au chara-design, comme pour l’anime dont j’ai parlé la semaine dernière. Notez aussi que le manga a eu le droit à deux gros OVA l’an dernier, mais je ne les ai pas vu (il faut dire qu’ils n’ont jamais été traduits, officiellement ou pas, tout comme le manga). Mais enchaînons plutôt sur l’histoire.

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Shouwa Genroku Rakugo Shinjuu, c’est l’histoire de deux hommes, deux fois. Vous allez comprendre. Dans le premier épisode, on suit un jeune homme fraichement libéré de prison qui, n’ayant pas vraiment de proches ou qui que ce soit à retrouver au-delà des portes du pénitencier, décide de partir à la poursuite de ses ambitions. Car s’il s’est retrouvé en prison pour avoir fait des bêtises avec un gang, cette expérience n’aura pas été que négative puisqu’il y aura trouvé quelque chose qui lui plaît : le rakugo.

Je m’interromps dans le récit un moment pour vous décrire la nature de la chose. Le rakugo est un art du spectacle traditionnel japonais, que l’on pourrait qualifier de one-man-show par un mec à genoux qui raconte des blagues sans bouger. Alors là je vous vois en train de bouger discrètement votre curseur vers la croix qui fermera pour de bon cette page, et je dois vous dire que ça n’est pas très gentil, lisez au moins le paragraphe qui va suivre.

Pour le décrire plus précisément, le rakugo est effectivement un spectacle comique (mais pas que) qui implique la présence sur scène d’un comédien, seul, en seiza, avec pour seuls accessoires son éventail, éventuellement le kimono qu’il porte sur son dos, et parfois une sorte de serviette. Pas de décors, pas de musique, et pourtant l’artiste va généralement raconter des histoires plus ou moins compliquées, et toujours avec un certain nombre de personnages qu’il interprétera lui-même, et dont les dialogues et les monologues raconteront l’histoire, le rakugo laissant généralement peu de place à un narrateur externe. Tout repose donc sur le conteur, dont l’éloquence, le flow, les mimiques, les expressions et les changements d’intonation et de façon de parler donneront vie aux personnages et donneront à l’histoire sa clarté et son humour. À noter que si les histoires de rakugo doivent généralement être comiques, elles ne le sont pas forcément, tout dépendant de la façon dont elles sont interprétées et de la façon dont elles sont perçues par l’audience.

Si vous voulez un exemple d’histoire de rakugo et que vous n’avez pas envie de vous lancer dans les 50 minutes du premier épisode de Shouwa Genroku Rakugo Shinjuu, je peux vous conseiller, même s’il n’est pas forcément représentatif, de regarder le très beau et joliement animé Atama Yama (Mt. Head) de Kouji Yamamura, animateur indépendant de renom de son état. Le court-métrage est une adaptation d’une histoire de rakugo, et en reprend certaines des conventions, dont le narrateur unique qui interprète aussi tous les personnages (même si ici son importance est moindre par rapport à la mise en scène et à l’animation). Dix minutes pour une petite expérience unique, qui ne vous en apprendra pas forcément plus sur ce qu’est le rakugo, mais que je vous conseille en tout cas.

Du coup, revenons à nos moutons, car je sens que j’ai encore divagué. Ce jeune homme, il veut donc apprendre le rakugo, pour la bonne raison que, il y a de cela un an, un célèbre conteur de rakugo est venu faire un spectacle dans sa prison. Il y a interprété Shinigami, une histoire où un délinquant se fait arnaquer par la Mort, et le prisonnier qu’il était a été fasciné par le spectacle et par la réaction que celui-ci a provoqué chez ses camarades de savonnette : une peur bleue. Ainsi, le voici sorti de prison, et tout enthousiaste à l’idée de devenir l’apprenti du maître. Malheureusement, il s’avère que le vieil homme, de son nom de scène Yakumo Yurakutei VIII, n’a jamais pris d’apprenti pour d’obscures raisons. Coup de bol, pour une raison tout aussi obscure, ce dernier l’accepte comme apprenti, et lui donne le nom de Yotarou (qui signifie plus ou moins imbécile dans le jargon du rakugo). Ainsi va commencer leur bout de chemin ensemble, équation à laquelle va se rajouter une femme caractérielle, aux circonstances tout aussi obscures, qui vit chez le conteur.

Yotarou va donc commencer son apprentissage dans cette maisonnée où l’ambiance est plutôt au malaise, et va commencer à entrevoir des bouts du passé qui relie les deux personnages avec qui il vit désormais. Tout cela prend place dans le premier épisode de l’anime, qui est, comme je l’ai déjà laissé entendre, un épisode double de 50 minutes, mais qui est aussi excellentissime. Si je devais choisir le meilleur premier épisode de la saison, je n’hésiterai pas une seconde : bien réalisé, beau, finement écrit, et tellement bien rythmé que je ne me suis rendu compte que c’était un doublé épisode que vers la fin.

Et surtout, l’épisode contient un rakugo excellemment bien interprété par Yotarou. L’histoire en elle-même n’est rien de bien fin, et est même plutôt bête, mais elle est tellement bien racontée, tellement bien rythmée, tellement bien réalisée et tellement bien jouée par le seiyuu que j’étais suspendu aux lèvres du personnage pendant les dix minutes de temps réel qu’elle a duré, sans interruption. Je parle bien de dix minutes avec un seul personnage à genoux en train de parler. Si je n’ai pas éveillé votre curiosité, je ne sais plus quoi faire.

L’épisode se poursuit après ça, et après un petit drame bien senti, voit l’élève, soutenu par la demoiselle évoquée plus haut, et le maître se rapprocher l’un de l’autre. Pour conclure cela, l’homme annonce que la nuit risque d’être longue, et en effet elle le sera, puisque le maître Yakumo va raconter aux jeunes gens l’histoire de sa vie, et l’histoire de feu le père de la jeune fille. Ce sera le thème des onze épisodes suivants.

La majorité de l’anime nous racontera donc la vie du vieux maître et de feu son meilleur ami, leur éducation en tant que conteurs de rakugo auprès d’un maître commun, leur croissance, le développement de leur rapport à leur art, sans oublier ce que la vie va leur jeter au visage. C’est un long récit, parfois lent (surtout vers le milieu, je trouve), mais jamais inintéressant. Bien réalisé, bien écrit et profondément lié à son contexte historique, SGRS raconte l’histoire de ces deux hommes que beaucoup oppose mais qui sont tout de même de grands amis, et il nous présente aussi plusieurs aspects de cet art traditionnel qui se refuse à évoluer, à tort ou à raison, au milieu d’un Japon qui n’a de cesse d’évoluer et de s’ouvrir à des tendances nouvelles.

Il y a plein de choses à voir dans SGRS, du coming of age, un drame mature, un récit historique, plein de thèmes, bref, vous avez compris, j’ai beaucoup aimé. Seul vrai regret pour ma part : le rakugo du premier épisode sera finalement presque le seul qu’on entendra sans interruption du début à la fin, ce qui est dommage mais compréhensible étant donné le temps que ces choses prennent. Le treizième épisode de l’anime apporte au récit sa conclusion, se plaçant quelques temps après le premier épisode : le jeune Yotarou s’est distingué en tant que conteur, et son maître grisonnant et d’apparence noble a désormais les cheveux blancs et apparaît clairement fatigué, une fatigue amplement justifiée pour le spectateur qui ressort de ce long flashback et comprend tout le poids qui affaisse les épaules de Yakumo.

Ce dernier épisode ouvre de nouvelles intrigues, et n’offre pas vraiment ce que l’on attend d’une conclusion… jusqu’à ce qu’un Yotarou, sur scène, ne vienne briser le quatrième mur en nous disant que ça n’était là que le premier acte, et en offrant à la saison sa chute, caractéristique première du rakugo, le raku (落) de rakugo (落語) signifiant, tant littéralement que figurativement, chute. La boucle est bouclée, la maîtrise du sujet est affirmée, la seconde saison est attendue de pied ferme.

Voilà tout pour Shouwa Genroku Rakugo Shinjuu, j’espère vous avoir donné envie d’y jeter un œil si vous hésitiez ou si vous ne connaissiez pas. Quant à la semaine prochaine, on y verra… eh bien on n’y verra pas grand-chose. En effet comme j’ai moyennement envie de planter mes examens, pas d’article la semaine prochaine, je m’en excuse (bien que je doute que quiconque suive ce blog avec suffisamment d’assiduité pour que ça les attriste).

Du coup, le prochain billet sera le bilan de la saison d’hiver 2016, et contrairement à ce que vous pouvez croire, je suis très loin d’avoir dit tout ce que j’avais à dire sur la saison. En effet, je l’annonce ici et maintenant, le bilan portera sur 47 séries différentes, que j’aurai toutes vues dans leur intégralité (ou du moins jusqu’à leur dernier épisode du cour d’hiver pour les séries à plusieurs cours). En raison de la taille du travail, je vous donne rendez-vous pour dans entre deux et trois semaines, ma deadline sera donc la fin du mois. Comme disent les américains, veuillez regarder en avant vers ça. Et bon mois d’avril, du coup.

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2 réflexions sur “Shouwa Genroku Rakugo Shinjuu – C’est l’histoire d’un mec

  1. J’avoue que j’ai failli m’enfuir dés les premières lignes de ton article, tu as bien fait de me retenir ^^ Je penses que je vais ajouter Shouwa Genkuro à mon immense liste d’animes à voir : ta description donne envie et je n’ai jamais eu l’occasion de voir un anime tourné vers le spectacle ! Merci pour cet article !

    J'aime

    1. Pegase

      Eh bien écoute je suis très heureux d’entendre ça, c’était justement mon objectif d’attiser l’attention de tous ceux qui auraient pu ignorer la série sans trop y réfléchir en voyant le synopsis. Du coup, j’espère que ça te plaira. 🙂

      Aimé par 1 personne

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