Bakemono no Ko – Bête comme tout

Nous y voilà enfin. Presque un an après la sortie japonaise du film, quatre mois après sa sortie française, deux mois après sa sortie américaine, alors que Tatie Yamamoto m’avait envoyé le blu-ray il y a trois mois, Bakemono no Ko, ou Le Garçon et la Bête, est enfin sorti au Canada, pays où je réside présentement et, j’ose l’espérer, pour plus trop longtemps. Je ne fais pas là une crise de chauvinisme français, mais il faut bien le dire, le Canada est le purgatoire des fans de culture populaire japonaise. Non seulement on se retrouve à payer les tarifs excessifs des éditeurs américains (qui, étant dans un marché beaucoup moins concurrentiel que les éditeurs français, se font vraiment plaisir sur les tarifs niveau manga et anime), mais en plus, comme le pays est considéré comme un sous-état américain, il entre à peine en considération pour les sorties de films et ne dispose pas d’éditeurs locaux spécialisées dans le domaine pour faire valoir ses intérêts.

En gros, on attend et on paye trop cher, ce qui explique une certaine frustration, surtout pour moi qui vois l’état du marché français à côté. Certes, je veux bien croire que l’herbe soit toujours plus verte à côté, mais mon jardin s’est pris un petit cocktail napalm et sel et puis j’ai pas pu voir Kizumonogatari bordel de merde, alors excusez-moi d’être jaloux. Bref, je ne l’avais pas encore vu et c’était l’occasion pour moi d’enfin voir le film de Mamoru Hosoda au grand écran, donc j’ai lâché mon billet et je suis allé voir. Il est donc temps pour moi de vous donner mes deux centimes. Notez que je spoile des bouts du film, donc si vous n’avez pas encore vu le film, ce billet n’est pas forcément pour vous.

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Bakemono no Ko, c’est avant tout l’histoire de Ren, un garçon de 9 ans qui vivait jusque-là seul avec sa mère, et qui fugue après la disparition tragique de celle-ci. Alors qu’il erre dans les rues, il croise un étrange bonhomme qui lui demande s’il veut devenir son disciple. À y voir de plus près, le monsieur a de bien grandes dents, de grosses oreilles et semble étonnamment velu. En le suivant dans Shibuya, le garçon finit par trouver l’entrée d’un monde parallèle fantastique où vivent des animaux anthropomorphes. Dans ce monde, il y a un seigneur qui accèdera à la divinité dans pas trop longtemps, et deux candidats pour lui succéder. Or, la bête que le garçon a rencontré, qui s’appelle Kumatetsu, est un de ces deux candidats, et il a besoin d’un disciple pour devenir un candidat. Malheureusement, cet ours est plutôt mal léché, patibulaire et de mauvais caractère. Les deux vont apprendre à vivre ensemble et contribuer à la croissance l’un de l’autre.

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Avant de donner mon opinion, rappelons que les films de Hosoda ont tendance à tourner autour du thème de la famille, et que le réalisateur était devenu papa peu avant la sortie de son précédent film. Et s’il a effectivement appris de son expérience en tant que père et a désiré parler de paternité et de modèles, ce qui m’a sauté au visage pendant ce film était une claire intention de faire un film pour les enfants (et donc son enfant). Le long-métrage inclut un certain nombre de lieux communs de shounen de baston et autres films d’action tout public, et beaucoup de légèreté, avec plein de petits gags dans sa première moitié. Le film est bien plus accessible et appréciable pour les jeunes publics que ses précédents films, et c’est une initiative tout à fait respectable.

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Le problème du film, pour moi (attention, nous entrons dans le domaine de la conjecture basée sur mes impressions), c’est que Hosoda a eu les yeux plus grands que le ventre avec Bakemono no Ko, et a tenté de faire une histoire bien trop ambitieuse. Une fois arrivé à un storyboard de plus de deux heures, je pense que Hosoda a du faire du découpage, et le découpage n’a pas forcément été heureux. Ainsi, si la première partie est très bien fichue et ne pose aucun problème, après ça le film commence à se perdre un peu, avec des parties qui ont été, je pense, rabotées pour que le film dure une durée raisonnable.

Je veux parler de la parenthèse d’une poignée de minutes avec le père de Ren, je veux parler du personnage de Kaede qui n’est développé qu’à travers quelques scènes d’exposition vague et qui s’intègre par endroits un peu au chausse-pied dans le récit, je veux parler du concept super bateau des « ténèbres dans le cœur des hommes » qui, s’il a une certaine valeur symbolique (on peut y voir la représentation de l’absence d’une figure paternelle satisfaisante, on peut y voir le mal-être qui y est associé, il y a de quoi chercher des interprétations pendant des heures), fait clairement tâche dans la façon dont il est mis en place et exploité. Je ne parle que de celles qui sont pour moi les principales lacunes du scénario, mais pas mal de scènes de la seconde moitié du film m’ont dérangé à cause du manque d’une transition correcte ou d’un manque de sens apparent, mais je manque de connaissance dans le domaine des arts narratifs pour dire exactement ce qui m’a gêné, donc je vais m’abstenir.

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Voilà en somme pourquoi Bakemono no Ko m’a déçu et pourquoi j’ai fini par trouver le temps long dans la salle de cinéma. Toutefois, je pense que si c’était effectivement le but, alors Hosoda a atteint son objectif de faire un film pour les enfants, surtout avec cette première moitié fraiche et légère, et notamment avec ce somptueux passage où ils voyagent à travers le monde des bêtes. Bakemono no Ko se paye de très jolis décors, une bonne animation malgré quelques scènes un peu chelou, un chara-design qui ne dépaysera pas les fans de Hosoda malgré l’absence de Yoshiyuki Sadamoto (je savais pas au moment de voir le film, et franchement j’aurais pas remarqué si je ne l’avais pas lu), de bons personnages, bref, je ne vais pas faire l’inventaire complet de ses forces. Reste que c’est un film plein de qualités et que je vous invite à voir pour vous faire votre propre opinion. Et si vous ne les avez pas vu, regardez les précédents films de Hosoda, ils valent au moins autant la peine.

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La semaine prochaine je vais vous parler d’anime et de jeux de combat, et en attendant je vous laisse sur l’opinion de ma chère maman sur le film, puisque je l’ai emmenée le voir avec moi :

« Ça criait beaucoup, quand même. »

Une réflexion sur “Bakemono no Ko – Bête comme tout

  1. NoIdea

    Assez d’accord avec toi sur le film, voir en un peu plus déçu car j’ai trouvé le temps long aussi pendant la première partie du film. On s’attends a ce que la situation évolue, a ce que Kumatetsu apprenne petit à petit la patience… Et non, au final rien, on ne les vois que s’engueuler, on n’a pas vraiment l’impression qu’il s’est attaché a Ren avant la scène finale.
    Et puis la fin… J’avais l’impression de regarder une cinématique de Kingdom Hearts, et si tu as lu mes avis sur les forums de NDM tu sais que ce n’est pas vraiment un compliment chez moi. C’est con, j’aime bien les japonais… sauf quand ils font « trop » les japonais, a mettre du symbolisme partout, a l’exporter des dialogues (parce que après tout, tant que ça restait sur des ombres ou que ça se contentait d’être évoqué, l’histoire des ténèbres ne me génait pas plus que ça) pour en faire un élément moteur de l’histoire, en te lancer te démerder pour comprendre la signification de tout ce bordel. Ça fait partie de leur culture, je peut difficilement leur reprocher… Mais voilà, j’aime bien comprendre un film ou un jeu sans que les dialogues et les situations ne me passent au dessus de la tête car je n’ai pas bac +5 en lumière/ténèbres. C’est une partie de leur culture auquel j’accroche difficilement (pour ne pas dire pas du tout).

    ‘Fin bref, je me suis un peu fais chier aussi.

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