Palepoli – La branlette artistique cause l’absurdité

Après un billet un peu costaud en début de semaine, j’ai envie de me reposer un peu et de vous parler de façon un peu plus concise d’un sujet qui n’est pourtant pas moins important. Si la flemme est une bonne excuse, il faut aussi bien dire que c’est une œuvre qu’il est préférable de découvrir de soi-même (ce qui est aussi la raison pour laquelle je vais tenter de pas poster trop d’images avec). On va donc parler d’un manga culte, mais inconnu, mais culte. Je m’explique.

Le manga du jour, c’est Palepoli, première œuvre d’Usamaru Furuya, dont les planches ont été d’abord publiées dans le Garo. Trois noms propres, et déjà trois noms qu’il convient de présenter. D’abord, connaissez-vous le Garo ? Pas que je sois un grand connaisseur du sujet, mais c’est un nom important à connaître. Fondé en 1964 sur les ruines d’une partie du marché du manga, le magazine s’impose rapidement comme un pionnier du manga artistique et intellectuel, du manga d’avant-garde, du gekiga, souvent porteur de message à caractère social ou politique. Clé de voûte des cercles underground de la bande-dessinée underground japonaise, il accueillera des auteurs majeurs comme Shigeru Mizuki (dont j’ai déjà parlé dans un précédent billet), Yoshihiro Tatsumi et Suehiro Maruo, pour citer les plus connus, et ira jusqu’à influencer considérablement l’un des pères du médium : Osamu Tezuka.

Pour le reste, Wikipédia vous en parlera mieux que moi. Et si comme moi vous connaissiez de nom ces auteurs et leurs œuvres principales, probablement connaissez-vous aussi de réputation Usamaru Furuya, ainsi que Palepoli ? L’homme est toutefois plus connu pour le superbe Litchi☆Hikari Club. Usamaru Furuya est un artiste issu des beaux-arts, qui est passé par un certain nombre d’arts (peinture, sculpture, danse, etc.) avant d’entrer dans le Garo sans trop de connaissances préalables de ce qui fait un manga, de sa structure ou de ses codes en général. Palepoli est donc sa première œuvre, et elle témoigne à la fois de sa vaste expérience artistique et de son manque d’expérience du manga, pour un résultat sans nulle autre pareille.

Alors Palepoli, qu’est-ce que c’est ? C’est un manga comique se présentant sous la forme de str… Minute, rayez-moi ça, je réessaye.

Alors Palepoli, qu’est-ce que ça n’est pas ?  Palepoli n’est pas ce à quoi vous pouvez vous attendre en ouvrant un manga. S’il fallait lui trouver un cousin, on pourrait le rapprocher, la plupart du temps, d’un 4-koma expérimental, la plupart des pages offrant quatre cases (à lire de droite à gauche, puis de haut en bas), avec un titre et une chute. De plus, Palepoli n’est pas un manga à histoire, mais il n’est pas dépourvu d’histoire : si au premier abord le manga semble offrir des gags uniques, on y retrouve assez vite des situations, de styles, des mises en page, des personnages et des fils rouges qui reviennent, qui se défont, qui se croisent et qui s’entremêlent, certains aboutissent et d’autres non, donnant à l’œuvre un semblant d’univers qui n’est rendu cohérent que par la bonne volonté du lecteur qui voit deux personnages de gags différents se croiser sur une même page. D’une page à l’autre, la multiplicité d’intérêts et d’expériences de l’auteur se dévoile, sautant d’une histoire comique à une expérience de mise en scène, puis passant d’une sorte de micro-conte social à une page purement artistique, sans oublier de jongler d’un style à l’autre sans prévenir.

Clairement à ne pas mettre entre toutes les mains, Palepoli tourne largement à l’humour (très) noir, et ne se prive pas de s’amuser avec la religion, comme le laisse deviner sa très belle couverture. Mais la religion n’est pas seule à manger chaud chez tonton Furuya, qui prend beaucoup d’appuis sur la culture populaire, en détournant légendes urbaines comme œuvres plus ou moins récentes, de la peinture romantique à Pulp Fiction. Les blagues sont des opportunités pour les exercices de style, et les exercices de style sont des opportunités pour les blagues. À lui seul, Palepoli donne l’impression de vouloir fonder un Ouvroir de manga potentiel et d’en remplir toutes les chaises. Le résultat est d’une créativité et d’une intelligence sans limites, et fascinant au plus haut point.

Avec tout ça, si vous n’avez pas compris ce qu’est Palepoli mais que ça vous fait tout de même diablement envie, c’est que j’ai réussi mon coup. Avant de conclure, je tiens à souligner le travail des éditions IMHO sur ce bouquin (une maison d’édition de manga française méconnue, j’aurais aimé utiliser les images de leur version mais les photos de pages, bof), qui est de très bonne facture, et offre un gros travail d’adaptation avec bon nombre de précisions de bas de page bien utiles pour comprendre les nombreuses références de Furuya à la culture populaire japonaise, même les plus obscures (enfin sauf quelques coups où on sent qu’ils ont dû botter un peu en touche, vu que ça peut partir très très loin). On permet au lecteur de comprendre les blagues sans remplacer les références originales par des références françaises, et ça j’apprécie (même si je comprends l’utilité du processus dans d’autres types de manga).

Sur ce, c’est à peu près tout pour aujourd’hui, et je vous revois dans une semaine pour vous parler de quelque chose de différent, mais un peu moins différent quand même.

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