Nihon Animator Mihonichi – Et moi, et moi, et moi

Les semaines précédentes on a pas mal parlé de manga qui se démarquaient clairement des canons habituels de l’industrie, alors pourquoi ne pas faire de même du côté anime ? Coup de bol, cette semaine, j’ai fini de regarder le Nihon Animator Mihonichi, alors on n’a qu’à faire ça.

Alors le Nihon Animator Mihonichi, c’est quoi dis donc ? Déjà, peut-être connaissez-vous mieux le concept sous le nom de Japan Animator Expo. Annoncé fin 2014, le projet est mené et supervisé par Hideaki Anno (Gunbuster, Neon Genesis Evangelion, etc.) et le studio qu’il a créé en sortant de la Gainax, le studio Khara (avec lequel il réalise la tétralogie Rebuild of Evangelion). L’idée annoncée du projet est de permettre à de jeunes animateurs et à certains réalisateurs de s’offrir un peu d’exposition à l’international. Si quelques studios mineurs (ainsi que Trigger, parce que copains de Gainax) ont participé à l’opération, la plupart des courts-métrages ont été produits au sein du studio Khara, ou du moins avec l’aide des ressources du studio.

Et oui, puisqu’on y est, il s’agit donc d’une série de 35 courts-métrages diffusés sur le net, allant de 6 à 10 minutes, sans restrictions de thèmes ou de style. On a des clips, on a du stop-motion, des influences et des réals d’un peu partout. Autre truc fun, il me semble que tous les personnages et toutes les chansons sont interprétés exclusivement par deux seiyuu cultes : d’un côté Megumi Hayashibara (Rei dans Eva, Paprika dans le film de Satoshi Kon), et de l’autre Kouichi Yamadera (Kaji dans Eva, Spike dans Cowboy Bebop), prouvant une fois de plus s’il le fallait que ce sont deux seiyuu d’un talent incroyable (j’ai mis un certain temps à tilter que c’était toujours eux). Et pour finir sur les noms propres, sachez que le logo a été designé par Hayao Miyazaki et colorisé par Toshio Suzuki (autre co-fondateur de Ghibli), ce qui est à un niveau de branlette impressionnant parce que concrètement Hayao ça a pas du lui prendre une minute, et son copain le temps d’ouvrir GIMP il avait fini de mettre les lettres en rouge. Mais bon, passons.

Du coup, pour ce billet, j’aurais pu vous décrire tous les courts-métrages un par un, mais déjà, franchement, je pense que c’est mieux de laisser la surprise, et de deux, tant que la session universitaire a pas commencé, je préfère utiliser mon temps pour des trucs bien plus constructifs, genre explorer les richesses du dernier Comiket ou finir de lire ce chef d’œuvre de la littérature interactive qu’est Eroge! Sex and Games Make Sexy Games. Attention aux recherches Google intempestives si vous êtes au boulot, y’en a qui se sont fait virer pour moins. D’autant que franchement, Eroge, c’est assez bof somme toute. Du coup, je préfère vous présenter dix de mes favoris, sans les classer, et en excluant ME!ME!ME! parce que trop connu. Mais franchement, si c’est pas déjà fait, regardez ME!ME!ME!, c’est très bon. Mais pas au boulot. Je dis ça, hein.

Pour commencer et faire une transition logique par rapport à mon dernier sujet, on va regarder le dix-neuvième court-métrage, I can Friday by day!, réalisé par Kazuya Tsurumaki, a.k.a. monsieur FLCL et monsieur Diebuster, rien que ça. Ici, on a affaire à une jeune fille… qui s’avère être un mecha piloté par des petits animaux de la forêt qui semblent être très sévèrement en guerre. Jusque-là, vous me suivez. Le truc, c’est que quand les animaux redémarrent la fille-mecha, le court-métrage part comme un clip de J-Pop traditionnel, avec une jeune fille dynamique, amoureuse et gaffeuse…

Sauf que comme on a aussi le point de vue des animaux en guerre, ça donne une autre dimension à ces passages, jusqu’au moment où ça en vient à de la baston de filles-mécha avec des tourelles et tout. C’est délirant, c’est très joliment animé et très coloré, avec un chara-design de Take (qui est notamment l’illustratrice de Katanagatari et de Zaregoto Series (hype)), et en plus la chanson est cool. Et pour finir, j’ai ici cette question qui m’a été envoyée par un certain Benjamin B., merci Benjamin, qui nous demande : « est-ce du mecha musume ? ». Je vais juste rappeler que « musume » signifie « fille », et je vous laisse faire vos déductions par vous-même.

Et pour se poser en opposition avec l’abondance de couleurs et d’explosions qui donnent l’impression d’être en guimauve du précédent court, quoi de mieux que Hammerhead, réalisé par Mahiro Maeda et Outarou Maijou ? Petit arrêt sur image sur le monsieur Maeda : si son nom ne vous dit rien, c’est un animateur qui a beaucoup bossé avec Ghibli dans ses jeunes années, chez Gonzo plus tard, et qui a fait pas mal de boulot de design sur des séries comme Evangelion, Escaflowne, et, ça ne vous aura pas échappé en février, pour le très oscarisé Mad Max: Road Fury.

Mais bref, ici on a affaire à une histoire particulièrement sombre contant l’histoire d’un homme normal qui se retrouve, après s’être fait démolir la tête à coup de masse, doté d’une incroyable de force et d’une capacité de régénération extrême, à la limite de l’immortalité. Ainsi, il devient un super-héros qui affronte des menaces de plus en plus puissantes, en dépit de la douleur et de tout ce que ça lui fait subir (et franchement, il prend très très cher). L’histoire est racontée du point de vue de sa fille, qui continue à le voir subir les pires sorts possibles avant de se régénérer et de repartir au combat contre le mal, parce que le pouvoir et la responsabilité, tout ça. Le design de l’anime et du personnage, tout comme ses thèmes, sont très largement inspirés des comics américains. C’est une histoire ultra-violente et pourtant assez émouvante, assez bien réalisée et très bien animée. Et quand je dis qu’il prend cher, il prend vraiment cher, donc attention les yeux.

Histoire de rendre un peu de légèreté à ce billet après deux histoires de baston, pourquoi ne pas se diriger vers l’avant-dernier court du Nihon Animator Mihonichi, j’ai nommé Tabi no Robo kara (Robot on the Road), réalisé par Hiroyuki Okiura, un animateur de renom aussi connu en tant que réalisateur sur Jin-Rou. Ici, donc, une histoire légère avec un robot du fait du stop. Problème, le robot est pas super net. Je préviens d’office, c’est une petite comédie ecchi. Le truc, c’est que c’est vraiment joli, et surtout, c’est assez drôle, le robot est assez tordant. Aucun rapport avec un certain robot d’une série d’animation américaine du père des Simpsons.

Et là on part dans de l’OVNI, avec Yamadeloid, de Takashi Horiuchi et Masahiro Emoto. Ici, on a un samouraï avec des lunettes et une prothèse mécanique qui se nomme Yamadeloid (tiens donc, sans doute aucun rapport avec le nom de famille de son doubleur) qui chante l’histoire de sa vie. Niveau univers, c’est volontairement assez peu cohérent, et plus le clip avance, plus on plonge dans le délire, accompagnés de la chanson qui est incroyablement accrocheuse. En plus, le court bénéficie d’une bonne animation et d’un trait très distinctif sur fond d’imagerie traditionnelle japonaise, donc on ajoute le plaisir des yeux au plaisir des oreilles. Aahaaaaaahahahahaha kaze yo fuukeeeee, etc.

Après un gros délire généralisé, on va passer à ce qui est plutôt un délire d’animateur : Nishi-Ogikubo-eki Toho 20-bu, 2 LDK, Shikirei 2 Kagetsu, Petto-fuka (en anglais, 20min Walk From Nishi-Ogikubo Station, 2 Bedrooms, Living Room, Dining Room, Kitchen, 2mos Deposit, No Pets Allowed), de Mahiro Maeda (encore lui) et Takeshi Honda, célèbre animateur qu’on connaît aussi pour son travail de design sur la série Evangelion. Oui, encore.

Mais ce court n’a aucun rapport, c’est en fait l’histoire d’une jeune femme qui se réveille miniaturisée dans son propre appartement. Problème, enfin, autre problème, son copain la voit comme un cafard. Niveau scénario, on ne va pas bien loin, mais là on a surtout affaire à un travail incroyable niveau animation, avec un trait un peu brouillon qui contribue à l’identité visuelle du machin. Mais surtout, surtout, c’est un pur bonheur niveau animation, avec énormément de mouvement et de prise en compte de l’espace, et puis ça devient vraiment chaotique au moment où rien ne va plus. C’est un style particulier, mais c’est très réussi, donc à voir en mouvement.

On repart sur quelque chose d’un peu plus léger avec Conte Koroshiya 1989 (Comedy Skit 1989) de Kazuto Nakazawa (le chef animation de Samurai Champloo entre autres, et réalisateur de la séquence animée de Kill Bill Volume 1). Ici, retour à la légèreté avec une histoire comique mettant en scène des tueurs professionnels jumeaux. C’est assez joli, et vraiment drôle, même si la fin est assez prévisible. Apparemment, le court est un hommage à l’humour japonais de la période Shouwa, et particulièrement le format du conte (le mot vient du français, mais j’en sais pas vraiment plus sur ce que c’est). Peu importe, le fait est que c’est drôle. Et d’ailleurs, comme la blague est difficile à sauver dans une traduction, je tiens à ce que vous gardiez à l’esprit qu’en japonais, « flèche » se dit « ya » (矢). C’est pas une blague importante, mais ça m’a fait rire, alors bon.

Et là on en arrive à un court que j’aurais du mal à décrire parce que je ne veux pas flinguer l’effet de surprise, qui est sans doute une des raisons pour lesquelles je l’ai autant aimé, donc si possible, regardez-le avant de lire le prochain paragraphe. On va donc parler de History Kikan (Bureau of Proto Society) du très qualitatif réalisateur Yasuhiro Yoshiura (Eve no Jikan, Sakasama no Patema, Harmonie). Ici, l’humanité vit planquée dans un bunker après l’annihilation de l’humanité. Malheureusement, même l’histoire du monde s’est perdue dans le processus, et les habitants du bunker ne savent même pas comment on en est arrivé là. Du coup, on a l’Agence de l’Histoire, qui va tenter de déchiffrer l’histoire de la catastrophe à travers des documents vidéo récupérés çà et là. C’est là que s’arrête ce que je considère comme étant la partie safe de l’explication, le reste spoile, donc à vos risques et périls.

Le truc, c’est que les images que ces gens retrouvent ne sont pas très très fiables… et le spectateur aura vite fait d’identifier pourquoi, surtout au moment où il verra littéralement un trophée PS3 popper à l’écran. Eh oui, les images qu’ils ont récupérées sont des images de films, de séries, de jeux vidéo photo-réalistes. Du coup, ils se font plein de théories plus ou moins cohérentes genre une guerre globale, une infection, une invasion extraterrestre, et cætera, jusqu’à une conclusion qui est absolument magistrale. C’est assez bien foutu, plutôt drôle et surtout plein de références (mais vraiment de partout), et c’est vraiment à voir.

Dans la catégorie des cross-over bizarres, qu’arriverait-il si on croisant K-On! et Evangelion ? C’est ce à quoi répond Shinseiki IMPACTs (Neon Genesis IMPACTs), de Yuuhei Sakuragi (sur qui je n’ai rien à dire de pertinent, sinon qu’il a surtout bossé du côté technique sur la 3DCG). Ici, on a donc trois lycéennes qui ont un groupe de musique ensemble. PROBLÈME, leur lycée, c’est le lycée de Tokyo-III, celui où vont Shinji et compagnie. Du coup, mauvaise ambiance, déménagements impromptus, etc. C’est un anime qui raconte l’histoire de la relation que ces trois filles ont, et de leur avenir à l’aube du prochain Impact. Très bien réalisé, et dans une 3DCG que je trouve extrêmement propre, le court utilise son contexte avec intelligence et sans lourdeur, la fin est excellente, bref, c’est une idée intéressante qui est super bien exploitée.

En avant-dernier, retour à la légèreté, avec Obake-chan, de Shigeto Koyama (un designer, notamment pour Gurren Lagann). Ici toutefois, pas de foreuses, juste une loli fantôme. C’est un petit anime comique probablement adapté d’un livre pour enfants (je dis probablement parce que les crédits mentionnent que c’est une adaptation mais que j’ai été incapable de trouver le matériau originel). On a donc affaire à une comédie avec plein de petits gags, découpé comme un anime comique classique, c’est pas extrêmement drôle (c’est plus orienté jeunesse) mais c’est très mignon. Et donc je le mets parmi les dix, parce que j’ai envie. Et aussi parce que l’ending m’a mis tranquillement en PLS. Je vais vous spoiler la blague donc désolé. Oui parce que je vous rappelle que les réals ont visiblement eu accès aux ressources de Khara, ce qui veut dire que ce qui entoure Eva était à leur disposition. Et donc là, à la fin la Terre explose, puis Komm, süsser Tod au pipeau en ending. Littéralement. Et en post-générique, un réveil avec une branche sur Q et une branche sur 4. C’est inadmissible de teaser les gens comme ça. ‘foirés.

Et autant les dix courts cités ici ne sont pas classés, autant ce dernier est probablement mon préféré, il s’agit de Kanón de Mahiro Maeda (encore encore lui). Kanón, c’est donc un court basé sur un roman tchèque du début du siècle dernier nommé Adam Stvořitel. Le seul résumé que j’ai trouvé qui ne m’oblige pas à apprendre la langue consistait en une ligne, qui disait grosso modo : « Le personnage principal tente de détruire le monde et d’en créer un meilleur ». Et effectivement, c’est à peu près le concept derrière ce court sorti d’absolument nulle part. On a donc un bonhomme qui veut détruire le monde à l’aide d’un canon gigantesque, et ça réussit, seul problème : il a oublié de se détruire, donc il se retrouve seul avec rien. Du coup, il va tenter de créer. Et ça n’est pas simple. Les principales qualités du court sont dans sa réalisation absolument folle (très créative, avec plein de mots et d’idées à l’écran, et mélangeant en grandes quantités des influences graphiques est-européennes d’époque et japonaises contemporaines), sa narration très très rapide, et son scénario plein d’idées, de cynisme et d’humour. Ça va à cent à l’heure, c’est animé de façon très créative faute de meilleurs mots, et ça parle de révolution, de Dieu, de propriété et de société, et c’est très intéressant. Ce serait peut-être plus intéressant en ayant lu le roman, mais comme je n’ai pas l’impression qu’il existe une traduction française ou anglaise, ça va être compliqué. En attendant, venez avec moi voir cette petite merveille, et contempler l’idée de la femme idéale selon Adam.

Voilà, c’est tout pour les courts que j’avais envie de présenter, mais n’allez pas croire qu’il n’y a « que » ça à découvrir dans les Nihon Animator Mihonichi. De l’histoire de revanche tarantinesque aux hommages grandioses au tokusatsu, d’un clip sur le patinage artistique à un conte pour enfants illustré sous psychotropes, et tous ceux qui se servent plus ou moins évidemment de la licence Evangelion, il y a plein de choses différentes à découvrir et apprécier parmi ces 35 courts, que je vous conseille de visionner en toute hâte. Vous pouvez voir la liste complète et joliment présentée sur le site du programme (n’oubliez pas de cliquer sur le petit drapeau en haut pour l’avoir dans une langue lisible), et vous noterez qu’un seul est disponible au visionnage depuis le site, c’est le premier court, Ryuu no Haisha, qui est d’ailleurs très cool. Il y a une raison pour que celui-ci soit disponible : c’est que Khara vient d’annoncer que cette petite histoire allait devenir un film télévisé complet (en deux épisodes de 45 minutes). Ça a été annoncé cette semaine (et c’est un pur coup de bol, j’ai fini de regarder les 35 avant-hier et j’ai découvert l’info hier). Le truc cool, c’est que ça veut dire que d’autres courts auront peut-être le droit à un traitement similaire, ce qui serait pas mal vu que y’en a quelques-uns qui ressemblent fortement à des brouillons pour des projets plus importants.

Voilà voilà, c’est tout pour ce petit billet. Autant d’habitude je tente de prévoir à l’avance ce que je vais faire la semaine suivante, autant depuis quelques semaines c’est un peu plus à la one again, donc ici aussi, je ne sais pas plus que vous ce que la semaine prochaine me réserve, mais je vous la souhaite bonne.

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