Mob Psycho 100 & Saiki Kusuo no Ψ-nan – En proie aux ténèbres

Chaque saison d’anime est porteuse de son lot de coïncidences amusantes, et je m’amuse à trouver des séries aux thèmes extrêmement proches ou avec quelques éléments quasi-identiques. Par exemple, aviez-vous remarqué que cette saison d’été on a eu deux séries shounenisantes tournant autour de personnages principaux correspondant chacun à un péché capital ? Du coup, au lieu de continuer à vous lâcher des billets déficients en fond pour faire de simples recommandations, j’ai décidé de mettre à contribution ce loisir pour faire un billet un peu plus travaillé, comparant vite fait deux séries de la saison aux thématiques très proches. Je parle bien entendu de deux séries pas super bien dessinées portant sur des adolescents introvertis porteurs de pouvoirs psychiques surpuissants, j’ai nommé Mob Psycho 100 et Saiki Kusuo no Ψ-nan. Mais chaque chose en son temps, introduction développement conclusion, commençons par présenter chaque série.

Mob Psycho 100

On en a déjà parlé, je vous ai déjà dit que ça tuait et que j’avais hâte de voir l’anime : Mob Psycho 100 est le manga au trait aléatoire de ONE, l’auteur de One-Punch Man. Rapide rappel : on y suit Shigeo « Mob » Kageyama, un lycéen qui est aussi un psychique extrêmement puissant, et son « maître » Reigen, un escroc qui se fait passer pour un psychique. Mais si le jeune Mob est un garçon de bonne nature et très timide, si ses émotions atteignent un certain seuil virtuel (représenté par un certain pourcentage), il est sûr de perdre le contrôle et de foutre le dawa dans le plan local d’urbanisme du quartier.

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On en avait déjà parlé, le manga dépeint très habilement les inquiétudes et les doutes des collégiens, avec de bons personnages, de l’humour et une dose judicieuse d’action. L’aspect inégal du dessin contribue à la thématique et confère au manga encore plus d’identité, et ne nuit en rien à la capacité de ONE en termes de mise en scène.

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L’anime, j’en reparlerai plus en détail pour le bilan, mais il est produit par le célèbre studio Bones (FullMetal Alchemist, Darker Than Black, Soul Eater NOT!, etc.), et réalisé par mon petit chouchou, le jeune réalisateur très prometteur Yuzuru Tachikawa (Death Parade, c’était lui). Aussi à signaler, le chara-designer est Yoshimichi Kameda (il touche aussi à la supervision de l’animation mais j’ai pas vérifié jusqu’où), un animateur de talent qui a notamment fait ses armes sur FullMetal Alchemist Brotherhood, et la musique est fournie par Kenji Kawai, connu par exemple pour son travail sur, genre, Ghost in the Shell. Mob Psycho 100 en anime est un délice d’animation et de réalisation qui fait honneur à l’œuvre originale tout en la sublimant. J’en reparlerai plus en détail pour le bilan, mais vous voyez que j’en pense du bien.

Saiki Kusuo no Ψ-nan

Et à ma droite le challenger n’est ni plus ni moins qu’une série du Jump : Saiki Kusuo no Ψ-nan, dessiné par Shuuichi Asou, est un manga comique en cours dans le célèbre magazine depuis 2012. Franchement pas plus beau que son voisin de dessus, le manga nous fait suivre Kusuo Saiki, un adolescent aux pouvoirs psychiques innés et surabondants, qu’il contient grâce à des petits bitonios de sa propre conception, branchés sur sa tête comme des antennes. Le problème, c’est que pour lui ces pouvoirs psychiques sont plus des handicaps qu’autre chose. Comment être surpris par quoique ce soit quand tu entends les pensées de tous les gens autour de toi aussi clairement que tu entends leur voix et que tu vois à travers leurs vêtements quasiment par défaut ? Comment s’amuser à un sport quand tu peux lancer des balles à la vitesse du son si tu ne contrôle pas correctement ? Saiki est quasiment omnipotent, et ça rend sa vie extrêmement chiante.

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Le manga est donc une comédie au format traditionnel Jump, pas très bien dessinée mais souvent drôle (à condition d’avoir une très bonne traduction). L’anime, lui, est un peu particulier puisqu’il est présenté dans un format qui est quasiment inédit (à ma connaissance). En effet, Saiki Kusuo no Ψ-nan sort tous les jours de la semaine, du lundi au vendredi, par épisodes de cinq minutes (puis il est proposé en simulcast de façon hebdomadaire, chaque épisode hebdomadaire regroupant donc cinq mini-épisodes). Du coup, chaque chapitre du manga adapté est condensé en cinq minutes, ce qui fait que l’anime a un rythme presque Teekyuu-esque, les vannes se succédant à grande vitesse et les personnages parlant souvent en accéléré. Toutefois si vous n’aimez pas Teekyuu (honte sur vous), rassurez-vous, l’humour de Saiki Kusuo est plus un humour de situation, et il fonctionne très bien. Dernier point, pour les fines gueules, la série est réalisée par Hiroaki Sakurai, qui est notamment connu pour le très drôlatique Sakigake!! Cromartie Koukou.

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Pouvoirs psychiques et introversion : entre tradition et modernité

Avant tout, donnons forme au sujet. Que sont les pouvoirs psychiques ? Comme Wikipédia n’a pas l’air très décidé à m’aider, laissez-moi fournir une tentative de réponse un peu plus aboutie que « y’en a un qui permet de balancer des éclairs et un autre qui te fait juste tordre des cuillères ». Là où la magie est un système basé sur des principes et des connaissances qui sont compréhensibles et transmissibles, les pouvoirs psychiques ont presque toujours cette notion d’inné, et de personnel. Comme le nom l’indique, le pouvoir psychique est très fortement relié à la pensée de la personne, et peut être vu comme une extension ou une matérialisation de sa pensée. Ainsi, très facile de toucher un peu de symbolisme du doigt en mettant en scène cette concrétisation de la pensée, et ses utilisateurs. Et un thème qui est presque indissociable des pouvoirs psychiques, mis à part le sort tragique de la petite argenterie de la maisonnée, c’est l’exclusion sociale.

Et virons d’office deux cas extrêmes qui pourraient vous venir à l’esprit en premier quand on parle de pouvoirs psychiques dans la culture pop japonaise. D’un côté, on a Akira qui couvre un peu tous les cas de figure d’utilisation des pouvoirs psychiques dans un scénario. Comme il fait un peu tout et qu’en plus je n’ai pas encore lu le manga (je sais, je devrais), je m’offre une exemption, mais sinon oui, je pourrais faire toute mon analyse purement sur Akira. De l’autre côté du spectre, on a JoJo’s Bizarre Adventure, où les pouvoirs psychiques n’ont aucun impact social autre que de permettre de faire des poses complètement folles pour impressionner les copains. Je simplifie énormément, mais vous voyez l’idée.

Donc, le premier cas de figure, et probablement le plus répandu, c’est l’exclusion par la société des pouvoirs psychiques. C’est le cas où ça se sait, mais que seule une minorité en dispose, ce qui mène à la crainte, à la discrimination et parfois à l’exploitation de ces gens. Généralement, cette mise à l’écart de la société prend la forme d’une invitation à rejoindre une institution où vivent d’autres personnes disposant de capacités similaires (au pif deux exemples très différents niveau qualitatif : Suzumiya Haruhi no Yuutsu et Charlotte). Mais les cas où la mise à l’écart est au niveau de la société entière existent, et le plus clair qui me vienne à l’esprit est Ajin, même si le terme de pouvoirs psychiques n’est pas une description satisfaisante des aptitudes des ajin. Dans cette série pas de doute : la haine pour ces humains qui n’en sont pas vraiment est institutionnalisée, la méfiance totale, et ils sont considérés comme des animaux. Sympa.

Autre exemple un peu plus connu, la saga Toaru Majutsu no Index, où la discrimination entre les psychiques et les non-psychiques est la motivation et le contexte d’un certain nombre d’arcs. Sans spoiler les détails, Shinsekai Yori aussi explore la thématique sous cet angle. Mais l’exemple traditionnel restera celui de la série Gundam et de ses Newtypes, qui sont couramment l’objet de discrimination et de traitements pas très très humains de la part d’une hiérarchie ancienne et conservatrice.

Chose amusante qui relève peut-être de la coïncidence et peut-être pas, c’est que les Newtypes ont assez rapidement donné leur nom à un magazine de Kadokawa Shoten, qui est désormais l’un des plus gros magazines japonais sur la culture otaku. De là à faire un lien direct entre otakus et Newtypes, la rédaction ne s’engage pas vraiment, mais il n’empêche que dans ce premier cas de figure, les pouvoirs psychiques sont traités en tant que différence, différence qui est source de mise à l’écart de la majorité de la société. On pourrait même voir le rassemblement des espers dans des institutions avec les leurs comme une représentation d’une ghettoisation sociale, faisant se réunir des gens unis par leur différence de la majorité, et poussant à un certain communautarisme. En voilà de bien grands mots pour quelqu’un qui a du prendre trois cours de socio à tout casser dans toute sa vie.

Et de l’autre côté de cette idée, on a les séries où, à l’inverse, les pouvoirs psychiques causent l’introversion du personnage, qui se sent différent et ne parvient pas à, ou ne veut pas, trouver sa place dans la société. Généralement associée à des complexes et à des préoccupations vis-à-vis de la place du personnage vis-à-vis du reste de l’humanité, elle peut aussi venir d’une nouvelle perception de l’humanité provoquée par ces pouvoirs. C’est par exemple le cas pour, même si le terme de pouvoirs psychique est là aussi quelque peu insatisfaisant, le personnage principal d’All You Need Is Kill, dont le nouveau pouvoir va amener une nouvelle perception de ses camarades, tout en le faisant évoluer en tant que personne vers un caractère plus introverti. Une fois de plus, si symbolisme il y a, les possibilités d’interprétation sont infinies : crainte du rejet, trop d’introspection pour son propre bien, etc., on peut parler de plein de choses avec ce traitement. Coïncidence, les deux séries principales concernées par ce billet sont dans ce cas de figure, donc on va en reparler.

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Je pourrais aussi parler du cas de figure où les pouvoirs de tout genre viennent aux êtres qui sont déjà introvertis, comme par exemple dans la saga Monogatari, mais on s’éloignerait un peu trop. Je tiens juste à signaler que Rewrite fait ça, et parvient à en faire quelque chose qui a bien plus de sens que ce qui peut ressembler, quand mal utilisé, à une projection maladroite de fantasmes adolescents. On en reparlera probablement prochainement.

Du coup, que dire, dans un premier temps, de Mob Psycho 100 ? Dans la série, Mob est présenté comme un garçon gentil, humble, et plein de considération pour les autres. Tout cela le mène à réprimer ses propres pouvoirs non seulement pour avoir la chance de s’intégrer, mais aussi de peur de blesser autrui. Reigen s’avère être un mentor important et riche en bons conseils, permettant à Mob d’imposer à ce pouvoir pourtant alien à la société règles et normes. La série se présente comme un coming of age d’un Mob qui malgré ses apparences de jeune garçon chétif donne tout ce qu’il a pour s’améliorer sans se reposer sur ses pouvoirs. On peut aussi y voir un rejet d’une partie de soi pour rentrer dans la norme, et on aura besoin d’en lire plus pour savoir où ONE veut emmener tout ça, mais dans tous les cas MP100 se montre comme un excellent utilisateur des pouvoirs psychiques pour traiter de la personnalité et de l’évolution de ses personnages.

Et de l’autre côté on a Saiki Kusuo no Ψ-nan, avec son Saiki qui subit ses pouvoirs. Toutefois, le personnage est fier, et ne cherche en fait pas forcément à s’en débarrasser. Dans un chapitre, Saiki trouve une bague qui neutralise sa télépathie, lui permettant d’interagir normalement avec les gens, mais il finit par trouver ça trop difficile à vivre et fait le choix de reprendre sa télépathie. Au final, si Saiki est différent des autres et est insatisfait de sa situation, il trouve aussi un certain confort dans sa différence.

Cela dit, et particulièrement pour un manga qui a dans son casting de personnages secondaires un bon vieux chuuni des familles, je trouve déstabilisante la facilité avec laquelle on peut interpréter le manga comme une catharsis pour l’auteur, comme si celui-ci se projetait dans ce personnage imperturbable, presque omnipotent, qui prend l’humanité de haut, et qui en plus se retrouve à attirer les plus jolies filles du lycée sans même le vouloir. Bon, cela dit, calmons nos ardeurs, ce n’est qu’une comédie, il ne faudrait pas voir le mal partout, d’autant que bon, c’est drôle. Il n’empêche, Saiki Kusuo se présente, avec une situation de départ similaire, comme l’exact inverse de Mob dans sa façon de traiter ses pouvoirs. De là on pourrait tirer une conclusion à base de « alors, faut-il accepter sa différence ou tenter malgré tout de s’intégrer », mais je suis nul aussi pour les conclusions, alors bon.

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Voilà, beaucoup de mots pour finalement pas dire grand chose, y’a vraiment pas de quoi faire une thèse, je trouvais juste le rapprochement de cet élément scénaristique et de ce thème intéressant, mais je n’ai pas grand chose de plus profond que ce que j’ai dit là à en tirer. Comme souvent, il vaut mieux se pencher dans les œuvres au cas par cas que d’essayer de tirer du sens d’une généralité ou d’une moyenne. Sur ce, bonne soirée à vous, moi je retourne mimer des kaméhaméhas en tentant de concentrer mon pouvoir dans mes mains.

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