Rewrite – L’Hymne de nos compagnes

Je trouve ça un peu facile de dire « L’adaptation en 13 épisodes est nulle, lisez plutôt le visual novel, c’est seulement une petite centaine d’heures à lire. ». C’est d’ailleurs tellement facile à dire que je le dirai probablement à la fin du billet. Mais comme seule, la requête manque un peu d’appeal, je pense qu’il est utile de vous donner au moins un peu envie de lire Rewrite, car il vaut bien au moins ça.

Histoire de vous donner la définition Wikipédia sans l’imprécision, Rewrite est la huitième IP du célèbre studio Key, principalement connu pour Clannad, et pour d’autres visual novels aux adaptations bien moins heureuses. Je vous avais aussi déjà parlé de planetarian, et nous allons donc ici continuer cette saine habitude consistant à parler de jeux Key pas scénarisés par Jun Maeda.

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Rewrite raconte l’histoire d’un lycéen nommé Kotarou Tennouji, qui cache derrière son comportement frivole et plaisantin quelques gros secrets et une incapacité à s’impliquer pleinement dans ce qu’il fait et dans ses relations avec ses camarades de classe. Sa vie tranquille au lycée avec son amie d’enfance Kotori Kanbe et son camarade, le chuuni le plus classe du monde, le détective Alexei Hexas III, mi-homme mi-loup mi-girafe mi-amateur de poires, aussi appelé Yoshino, est tranquille. Cette phrase pléonastique n’est bien entendu pas causée par le fait que je me sois un peu emporté dans ma description du meilleur voisin de classe du monde, je voulais juste dire que sa vie était férocement tranquille.

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Mais si sa vie est tranquille, celle-ci se voit petit à petit se faire envahir par des éléments surnaturels inexpliqués qui le dépassent, bien que lui-même possède parmi ses secrets un pouvoir surnaturel qui lui permet de se « réécrire » physiquement. À la recherche d’une solution, il finit par trouver Akane Senri, présidente et seule membre du mystérieux club d’occulte du lycée, qui lui offre une solution temporaire et lui propose de rejoindre le club. Petit à petit, d’autres amies de Kotarou vont rejoindre le club et la vie de Kotarou semble prendre un peu de couleur, alors que ceux-ci s’attellent avec une motivation plus que vacillante à découvrir les secrets possiblement surnaturels de leur ville, la belle Kazamatsuri, ville verte de son état.

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C’est vert.

Vous allez me dire, oui, et ensuite ? Et ensuite, ça continue comme ça pendant environ un mois, soit une trentaine d’heures de lecture. Rewrite est effectivement notamment connu pour sa route commune (le tronc commun du scénario d’un visual novel) d’une longueur plus qu’inhabituelle. Et vous allez me dire, parce que dans ma tête vous aimez bien poser des questions quitte à devenir un peu relous, c’est pas un peu chiant ? Étonnamment, pas du tout. Pendant cette route commune où l’on a droit presque exclusivement à du slice-of-life, on ne fait qu’interagir avec le reste du casting, et apprendre à les aimer, et ça marche diablement bien. Le point principal qui fait que ça marche, c’est notamment Kotarou, qui est comme je l’ai déjà dit un plaisantin, et est effectivement très drôle, ce qui est amplifié par tous les personnages secondaires qui sont aussi pour la plupart bien drôles (Kotori et Yoshino sont chacun tordants à leur façon, en plus d’êtres tous deux d’excellents persos, mais genre niveau top 10 persos préférés ever). Attention, c’est pas non plus un festival du rire, c’est juste que Rewrite trouve un excellent équilibre entre gags, scènes de vie et scènes orientées sur les relations entre les personnages. Ainsi, vous n’avez même pas besoin d’avoir fini une route pour accrocher à l’univers de Rewrite et vouloir en voir plus.

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Les bas quartiers de Kazamatsuri sont toujours pleins de surprises.

Car il y a bien entendu plus à voir. Une fois sorti de la route principale, le club d’occulte connaîtra un triste sort et selon vos choix vous vous retrouverez sur la route d’une des cinq filles du club, comme on peut s’attendre d’un visual novel de ce type. Je ne vais pas vous en faire le détail parce que ça n’aurait pas grand intérêt, mais chaque route explore la personnalité et le passé de chacune de ces héroïnes aux caractères et aux affiliations parfois opposés. On va d’une histoire pleine de désespoir avec la route de Kotori et sa lutte contre l’inévitable à une histoire d’horreur convaincante dans la première partie de la route de Lucia, en passant par une histoire pas mal shounenisante sur la route de Sakuy… pardon, de Chihaya. Vous allez me dire, quid de la route d’Akane, qui est facilement dans le top des meilleures routes de base, mais le risque de spoiler serait trop grand.

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Je veux protéger son sourire. Je parle bien entendu de Sakuya, à gauche.

Chaque route explore un aspect différent de l’histoire principale de Rewrite. En gros, c’est l’histoire du conflit antédiluvien de deux organisations qui ont des idées différentes de ce qu’il faut faire pour protéger le monde. Les routes s’axent notamment sur le combat qui s’organise autour de la capture de la Clé, un être généré par la Terre pour juger de la nécessité de faire « ré-évoluer » la Terre, et je m’en tiendrais au flou de cette explication. Après avoir fini toutes les routes initiales, vous aurez accès, après un second opening de FOLIE (mais qui spoile donc tut tut si vous avez pas encore lu les premières routes, ou vu l’anime, au pire), à une courte sixième route métaphysique faisant le débrief des cinq premières tout en passant le relais à une septième et dernière longue route offrant des réponses à toutes les questions restantes et s’attaquant au cœur de l’intrigue. On a aussi la route Oppai (qui est une mine à rires débiles) accessible après avoir fini toutes les quêtes secondaires, mais c’est encore autre chose.

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L’Oppai end est mi-gênante mi-géniale. ❤

Hormis des thèmes plus personnels relatifs à chaque personnage, ainsi que celui de la relation de la personne à la société et au monde (j’en parlais la semaine dernière), l’histoire de Rewrite repose sur un thème écologique global qui est exploré sous un grand nombre d’aspects à travers chaque route, offrant pas mal de points de réflexion. C’est une histoire extrêmement riche, pleine de personnages attachants et globalement bien écrite, même si le rythme n’est pas toujours là et que de par la richesse de la chose, on reste souvent avec des questions et des doutes. Notez que si le gros de la chose a été écrit par Romeo Tanaka (Cross†Channel, Jinrui wa Suitai Shimashita), une partie de la route commune et celles de Chihaya et Shizuru sont de Yuuto Tonokawa (un gars de Key), et surtout que la route de Lucia (qui part très bien mais se barre un peu en couille à un moment) est d’un certain Ryuukishi07, l’auteur de Higurashi et Umineko.

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Voilà ce qui se passe quand vous laissez les concurrents du Tour de France pisser dans la Saône.

Et puisque je crois avoir dit ce que je voulais dire sur le visual novel, il est temps de parler de l’anime. Autant vous le dire, tout cela ne partait pas sous les meilleurs augures, rien qu’avec le staff annoncé. En effet, avec le studio, 8bit, et le réalisateur, Tenshou, de l’adaptation de Grisaia no Kajitsu, difficile d’avoir la foi. Pour l’anecdote, c’est cette série qui a fini de me convaincre de lire des VNs plutôt que d’en regarder les adaptations, ou au moins de toujours faire l’un avant l’autre autant que possible. C’était mauvais à ce point.

Mettons-nous d’abord d’accord. Il est proprement impossible d’adapter un visual novel de plus de 50 heures avec de multiples routes en 13 épisodes de 24 minutes de façon fidèle, qualitative et complète. Contrairement à un manga ou à light novel, une adaptation directe est dans l’immense majorité des cas impossible (oublions un temps les kinetic novels et autres VNs à une route, voulez-vous). Soit on fait le choix qu’a pu faire ufotable de se pencher sur une route en particulier, soit on essaye de couvrir du terrain en oubliant toute notion de narration cohérente et en faisant de la merde style omnibus, soit on met de côté la fidélité pour faire du neuf et tenter de faire passer l’essence du matériau original à l’écran. Dans les deux derniers cas, les chances de satisfaire les fans de l’œuvre originale sont aussi faibles que les chances pour que l’anime satisfasse pleinement les gens qui ne l’ont pas lue. Oui, quand je m’emporte je mets du subjonctif, qu’est-ce qui se passe.

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Bref, passé l’improbabilité conceptuelle d’une adaptation de visual novel moyenne, parlons de celle de Rewrite. En l’occurrence, Tenshou et son équipe ont pris le chemin de la créativité, en se proposant de faire une nouvelle route à Rewrite. Concrètement, qu’est-ce que ça signifie ? Ça signifie qu’ils ont mis des évènements des différentes routes de Rewrite dans un chapeau et que pour chaque épisode ils en ont tiré une poignée. Au départ ni rythme ni cohérence ne sont en faveur de la série, et puis à l’épisode 8, soit juste à la fin de la route commune (…), soudainement les scénaristes décident de mettre leurs calbars sur la tête et d’y aller à fond, en nous ressortant Kagari-chan avec sa personnalité de la Oppai End (qui est une fin bonus rigolote débile) et en la rendant amnésique parce que pourquoi pas.

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Il y a d’ailleurs un parallèle rigolo à faire entre l’évolution rapide de Kagari et le fameux bot Twitter de Microsoft.

À ce moment-là on peut interpréter l’anime comme une adaptation de l’Oppai End, et en tant que tel je devrais saluer ça, parce que c’est culotté. Mais le reste prouve que ce n’est pas ce que le staff avait en tête, puisqu’à partir de là, le scénario s’oriente sur un mélange des routes de Kotori, Akane et Chihaya liguant presque tous les personnages principaux ensemble. La tentative est brave mais l’incohérence est bien, et je suis désolé mais je n’ai jamais trouvé que Midou était un antagoniste crédible. Qui plus est, on peut observer que alors que Rewrite est un visual novel tous âges avec seulement une ou deux CG un peu ecchi, l’anime se plait à rajouter un peu de dénudement çà et là à la fraiche, et à insister sur les blagues sur les tailles de seins (que le VN fait, mais c’est une blague entre mille), et à rajouter deux scènes de « oups je n’avais pas vu que tu étais déjà dans le bain déso » parce qu’on avait bien besoin de ça.

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Au moins la première fois ça renversait un peu le cliché, là c’est juste un scénariste en autopilote.

Du point de vue technique, dès le premier épisode on peut voir une certaine richesse d’animation, contrebalancée par une inconsistance du point de vue qualitatif. Malheureusement si au fil des épisodes la richesse tend à s’effacer, l’inconsistance reste. Et puis les familiers en 3D, berk. Pour résumer, l’anime Rewrite souffre d’une narration plus que lacunaire, d’un scénario aux allures aléatoires (pendant quelques épisodes, il se résume à « je déambule dans la ville et oh quelle coïncidence de vous trouver ici »), d’un oubli presque complet des thèmes du visual novel, et d’une technique maladroite. J’aimerais tout de même saluer la tentative scénaristique qu’on peut voir vers la fin de la série, puisque je pense que c’est un peu comme ça que la plupart des lecteurs du visual novel imaginaient la route finale avant de la lire. Qui plus est, quand on a lu Rewrite, il est malgré tout plaisant de voir les personnages interagir à l’écran, peu importe la qualité du tout. Rien que pour ces petites choses, Rewrite n’est pas une horrible corvée à regarder si vous avez lu le visual novel.

Bref, lisez Rewrite. Le remake, Rewrite+, qui inclut une version révisée du jeu et le fandisc Harvest festa (que je n’ai pas là à mon grand regret), a d’ores et déjà une localisation officielle en anglais annoncée, alors sautez dessus quand ça sortira.

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Akane vous prête même son PC pour y jouer. Allez.

Voilà qui sera tout pour aujourd’hui. Ça aura fait plus long que d’habitude, mais ne vous inquiétez pas, je vais compenser. En effet, puisque le mois d’octobre en est clairement dans sa seconde moitié, on approche de ma deadline pour rendre le bilan de l’été (soit le premier dimanche de novembre, le second dans le pire des cas), et je suis très loin d’être prêt. Du coup, pour me préparer, pas d’articles jusque-là. Je sais, je sais, c’est horrible, mais ne vous inquiétez pas, ça ne rendra mon pavé trimestriel que plus flamboyant. Et en attendant, je vous souhaite une bonne poignée de semaines.

En bonus, si vous avez vraiment besoin que quelque chose de plus pour vous convaincre de lire le VN, voilà ce qu’on peut trouver au détour d’une scène. C’est pas un spoiler mais ça s’apprécie mieux quand on connaît le personnage du fabuleux Yoshino.

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