Mahou Shoujo Lyrical Nanoha – Nanomagie, son (Partie 1)

Quand on parle de mahou shoujo, ou de magical girl, chacun a une image précise en tête. Mais si l’identité du genre a été largement définie par quelques séries cultes et classiques, comme Cardcaptor Sakura et Bishoujo Senshi Sailor Moon, il a plus récemment brillé par sa versatilité en proposant des histoires contrastant avec l’imagerie joyeuse de base de ces séries. Il est toutefois assez triste de constater que l’industrie, après ce succès éclatant, semble avoir décidé que le seul twist valable sur la formule soit de monter son mahou shoujo en tragédie.

D’abord, rappelons que si Mahou Shoujo MadokaMagica est effectivement une excellente série et que le triomphe de la série a eu sans l’ombre d’un doute un vrai impact sur l’industrie, Gen Urobuchi n’est pas exactement un pionnier dans le domaine. Toutefois, là n’est pas le sujet, j’y reviendrai un jour si je me décide à vous parler de Princess Tutu ou à regarder en entier Ojamajo Doremi.

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Et puis bon, dans le grand jeu du désespoir tout le monde a sa carte à jouer.

Et venons-en donc au sujet : il existe bien d’autres genres avec lesquels on peut croiser ostensiblement le mahou shoujo pour en faire quelque chose de nouveau. Et là je retombe sur mes pieds puisque c’est ce que fait Mahou Shoujo Lyrical Nanoha, en faisant une série mahou shoujo sauce science-fiction sérieuse. Et l’auriez-vous cru, le résultat est très intéressant.

Le but de ce billet va donc être de vous parler de la série Mahou Shoujo Lyrical Nanoha. Personnellement, avant de me la marathoner, j’avais juste un peu entendu parler de la série et je n’avais aucune idée de ce que ça avait de spécial, et je pense ne pas être seul dans ce cas. Il est donc à mon avis d’utilité publique que de vous la présenter.

Par ailleurs, c’est une série très riche, qui s’est certes fait connaître en anime mais s’est développée à travers un bon paquet d’autres médias, notamment des manga et UNE PELLETÉE de drama CDs qui participent en grande partie au développement de l’univers de la série. Donc on va garder ça simple et parler juste des anime, en partie parce que j’avais pas le time d’aller lire et écouter ça, mais aussi parce que j’ai déjà suffisamment de choses à dire comme ça.

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J’ai bien dit « une pelletée ».

Tellement, d’ailleurs, que je vais diviser ce billet en deux parties, la première portant sur la genèse de la série et sur le personnage de Nanoha, et la seconde partie portant plus sur l’univers de la saga.

Mais moi qui parlais de garder les choses simples, je reste par nature un vicieux. Donc plutôt que de commencer par la première série, parlons de l’adaptation de l’œuvre dont Nanoha est un spin-off. Vous allez voir, il y a un lien important entre les deux, donc je ne fais pas ça QUE pour faire genre. Accrochez-vous quand même pour l’historique.

Triangle Heart: Sweet Songs Forever

La série d’origine dont est issue Nanoha, c’est la trilogie de visual novels Triangle Heart, sortie de 1998 à 2001. Il n’existe, à ma connaissance, aucune connexion scénaristique entre les trois volumes numérotés de la série, donc on peut ignorer le fait que le second volume a eu le droit à une adaptation en OVA hentai. Le troisième volume, Triangle Heart 3 ~Sweet Songs Forever~, est celui qui nous intéresse, car il se retrouve adapté en 2003 en une série OVA en 4 épisodes par le studio Seven Arcs (dont c’est la première production), avec l’aide d’un certain réalisateur nommé… Akiyuki Shinbou.

Cette série OVA est donc nommée Triangle Heart: Sweet Songs Forever, et si ça n’est clairement pas une œuvre majeure, elle s’avère être une petite série d’assez bonne facture. Heureusement, par rapport à sa précédente série The SoulTaker, Shinbou nous offre ici un travail bien moins lourdement stylisé. Ne vous y méprenez toutefois pas, on retrouve sans souci les traces du style de l’homme, avec ses décours souvent irréels, son attention portée à des détails récurrents et quelques tics de mise en scène. Ah, et je réalise que c’est un peu tard pour faire passer le mémo, mais si vous ne replacez pas Shinbou, c’est l’homme qui supervise les productions du studio Shaft depuis plus de 10 ans et leur a donné la touche qu’on leur connaît.

La série elle-même raconte l’histoire de Kyouya et Miyuki Takamachi, une paire d’agents spéciaux, qui sont contactés par une amie d’enfance, une cantatrice victime de menaces. Je trouve que l’OVA fait un peu trop de drame autour du personnage d’Ellis, mais bon, je suppose que ça doit être que la série adapte sa route. La série se suit bien mais est assez incomplète de nature du point de vue scénaristique : on y voit notamment tout un tas de personnages qui sont présentés en tas mais ne sont jamais utilisés, dont les amis et la petite sœur des personnages principaux. Cette petite sœur, elle se prénomme Nanoha.

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Triangle Heart 3 ~Lyrical Omochabako~

Faisons deux pas en arrière, puisqu’en parlant de l’OVA de Triangle Heart 3 on avançait un peu loin dans le temps. Six mois après la sortie du jeu, en juin 2001, le destin change de cap avec la sortie d’un produit intitulé Triangle Heart 3 ~Lyrical Omochabako~. Je dis produit parce que la nature du truc est un poil vague et que les informations qu’on peut trouver sur le net à son sujet sont aussi variées qu’elles sont peu sourcées et, souvent, erronées. Bizarre, pourtant, quand le site de l’éditeur décrit aussi clairement le contenu de cette fameuse boîte à jouets lyrique. Lyrical Omochabako n’est donc ni juste un fan disc ni un drama CD, c’est une compilation de jeux et de bonus en 3 CDs.

Hormis les fonds d’écran, les économiseurs d’écran, la petite application dont personne ne veut qui fait apparaître la maman de Nanoha sur le bureau de ton ordi, le quiz et le jeu de frappe, on y retrouve donc un mini-scénario inédit nommé Mahou Shoujo Lyrical Nanoha, sous la forme d’un court visual novel. Ce n’est alors qu’un scénario alternatif, un « what-if » réutilisant des personnages du visual novel dans un nouveau contexte. On y retrouve ainsi un personnage du VN de base (Lindy, qui est, comme dans TH3, une fée), ainsi que de nouveaux personnages qu’on retrouvera aussi plus tard dans la série (Raising Heart et Chrono Harlaown), mais on peut aussi voir dans le synopsis quelques formules qu’on retrouvera quelques années plus tard.

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Car oui, si on est ici ce n’est pas pour parler des limbes de l’obscurité runique des visual novels JP-only du début du millénaire, mais bien pour parler de la série animée. Je ne connais malheureusement pas les détails de l’affaire, mais il semblerait qu’en travaillant sur l’OVA, quelque chose aie cliqué entre les producteurs de Seven Arcs, Shinbou et Masaki Tsuzuki, qui était au scénario sur l’adaptation. Arrêt sur image, Masaki Tsuzuki n’est autre que le créateur des séries Triangle Heart et Mahou Shoujo Lyrical Nanoha. Scénariste sur la trilogie de visual novels et sur le mini-scénario évoqué plus haut, il a eu ainsi l’occasion d’étirer ses ailes dans le domaine de l’animation en scénarisant les deux premières séries de Nanoha (puis en créant la série Dog Days). Depuis il gravite autour de la licence, se chargeant notamment des scénarios des manga de la série.

Mahou Shoujo Lyrical Nanoha

Ainsi, c’est sous le stylo de Tsuzuki, dans les locaux de Seven Arcs et derrière la caméra imaginaire de Shinbou qu’est née la première série animée Mahou Shoujo Lyrical Nanoha. Celle-ci s’assume en tant que nouvelle série et non pas en simple spin-off, se débarrassant des personnages ne servant pas son intrigue et ne faisant référence à la série originale que par quelques clins d’œil, notamment les références à l’ancien travail et aux blessures du papa de Nanoha, ou l’apparition de la copine canonique du frère de Nanoha, qui était, on le rappelle, le protagoniste principal de Triangle Heart 3. Nanoha instaure une toute nouvelle continuité, et quelle continuité.

La première série Nanoha commence avec l’échec d’un garçon, un jeune inconnu qui se fait mettre une pétée par une sorte de monstre une nuit. Le lendemain, Nanoha Takamachi, une écolière normale, se rend compte que ces événements qu’elle a vu en rêve sont bien arrivés, et recueille un petit mammifère bien mal en point, qui ressemble à un ferret (mais que nous n’appellerons pas Will parce qu’il a un vrai nom, bien que ce ne soit pas l’envie qui m’en manque). Bien entendu, le ferretoforme s’avère être le garçon évoqué précédemment.

Nanoha décide de l’aider alors que les deux se retrouvent attaqués par le monstre, et le garçon-ferret lui confie un terminal magique nommé Raising Heart. C’est ainsi que Nanoha Takamachi se transforme pour la première fois de sa vie en mahou shoujo. À partir de là, l’intrigue principale de la série tournera autour de la quête d’artefacts magiques, et d’une rivalité mêlée de curiosité qui s’installe entre Nanoha et une autre mahou shoujo nommée Fate Testarossa, qui sert les néfastes desseins de sa propre mère.

Si la série est effectivement réalisée par Shinbou, on y retrouve toutefois assez peu de lui, et il n’y a là pas de mystère. En effet, devinez quelle série commençait sa diffusion trois jours après celle de Mahou Shoujo Lyrical Nanoha ? Tsukiyomi: Moon Phase, première série d’un studio Shaft qui cherchait son atout et l’a trouvé à travers la tutelle artistique de Shinbou. Et si on sait que Shinbou opère globalement en mode mains libres sur les productions du studio, il est clair qu’il était dans une situation où il avait deux séries en charge et une à privilégier. Ainsi, s’il a probablement été assez actif dans les premiers mois du projet, on le devine assez facilement en retrait par rapport au projet au fur et à mesure qu’il se faisait à ses fonctions chez Shaft.

Toutefois, pas vache, Shinbou confie quand même le bébé à certains de ses gars surs, notamment un excellent premier épisode réalisé par Keizou Kusakawa, un disciple à lui qui montera sur le trône pour réaliser le reste de la série jusqu’à StrikerS (et la saison 1 de Dog Days, voyez les liens se tisser), puis finira non pas dans l’alcool mais à la réalisation de l’adaptation de Kancolle, ce qui n’est pas franchement mieux. Mais peu importe ses récents déboires, ce premier épisode brille par une réalisation de qualité et quelques purs moments d’animation extrêmement expressifs.

Mais là n’est pas nécessairement l’intérêt premier de cette première série. Pour moi, l’intérêt principal de Nanoha, c’est bel et bien Nanoha.

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Lâchez tout de suite ce téléphone et regardez-moi dans les yeux, je m’explique. Nanoha Takamachi semble au départ être un personnage principal de mahou shoujo tout à fait commun, mais que nenni. Du haut de ses neuf ans, confrontée à des monstres magiques et à une sorcière transdimensionnelle hyperpuissante, Nanoha s’impose comme un fille extrêmement forte, aussi bien du point de vue mental que magique. Fidèle à ses valeurs et à ses idées, maline et sensée, celle-ci ne montrera au fil de la série qu’assez peu d’hésitation, même face à des situations bien plus sombres qu’on ne pourrait s’attendre à voir dans une série du genre. Diamétralement opposée à une Madoka qui met onze épisodes à se décider à faire quelque chose (bon, admettons, c’est un cas particulier), Nanoha est un personnage qui sait se prendre en main et, et c’est très important, arrive à comprendre rapidement quand la naïveté que son âge lui confère ne la mènera pas plus loin.

Ainsi, dans une situation où d’autres héroïnes de mahou shoujo se laisseraient bolosser en tentant pendant une dizaine d’épisodes de comprendre pourquoi une personne clairement hostile les attaque, Nanoha voit très vite que ça ne la mènera nulle part et que si elle veut pouvoir parler, elle doit d’abord montrer ce qu’elle a dans le ventre. Si c’est pour protéger ses amis et sauver une fille se battant pour se faire aimer de sa propre mère, Nanoha n’hésitera pas à arroser ladite fille d’un bon vieux vieux Starlight Breaker. De là vient la réputation que Nanoha se traine sur les Internets, qui dit que si Nanoha veut être ton amie, il ne te reste plus qu’à te cacher et à te trouver une religion avec un bon plan post-mortem asap, vu qu’elle semble s’être fait la plupart de ses amis en leur cassant la gueule (et ce avant même de devenir mahou shoujo, souvenez-vous d’Arisa). Ah, au fait, le Starlight Breaker que j’ai évoqué plus haut, c’est un sort de son cru consistant en un gigantesque projectile magique capable de vitrifier instantanément un ou deux arrondissements de Paris. Et vous, que faisiez-vous à neuf ans ?

Et n’y voyez pas un simple personnage bêtement badass (et pourtant il n’y a certes pas de mal à être ça). Avant d’en venir à balancer cinq Starlight Breaker simultanément sur sa propre fille adoptive (si si, dans StrikerS, on en parlera plus tard), Nanoha était une fille normale et moyenne, une brave fille mais à qui il manquait quelque chose, que ce soit une vocation ou une personne spéciale. L’arrivée de la magie dans sa vie et sa rivalité avec Fate vont lui offrir la possibilité d’obtenir ces deux choses, et elle va tout simplement faire de son mieux et montrer la volonté et la détermination nécessaire pour accomplir ça. Nanoha est un personnage non seulement incroyablement fort par nature et déterminé, mais bien écrit et rafraichissant, et c’est ce qui fait que j’ai énormément apprécié le personnage et son développement au fur et à mesure de la série et de la saga.

Toutefois la première série Nanoha n’est pour moi pas la meilleure. Le tout début prend la forme d’un monster of the week assez classique et la suite a ses lenteurs, ce qui n’empêche pas la série d’être diablement prenante. Par contre, si vous remplacez la série par le film de 2010, là je vais me mettre à sérieusement hésiter niveau classement. En effet, la première série Nanoha a eu le droit à un remake sous la forme d’un film tout simplement intitulé Mahou Shoujo Lyrical Nanoha The Movie 1st, et fiou.

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Il faut noter que les films de la série ont leur propre continuité, vu que plutôt que de tenter de compresser les événements de la série dans un film récapitulatif, Masaki Tsuzuki nous a offert une réécriture de celle-ci. Ainsi on perd quelques pans de l’histoire (tout ce qui concerne la famille de Nanoha et ses amies) et des escarmouches pas forcément importantes, quelques points de contexte changent, mais on retrouve dans le film l’essentiel de ce qui se passe dans la série, et surtout, avec l’esprit et les thèmes de celle-ci, notamment du côté du développement de Nanoha et de Fate. Si la série se regarde sans déplaisir, le film nous offre en deux heures une version très bien rythmée, bien réalisée et, surtout, très bien animée des premiers exploits de Nanoha. Si moins complet que la série, le film n’en est pas moins excellent, tout en étant un très bon moyen de commencer la série.

Mais je vous ai parlé de science fiction au début du billet et plus rien depuis, et c’est normal puisqu’on va parler de ça…

… la semaine prochaine ! Parce que si vous suivez un peu ce blog vous aurez deviné que le bilan de l’automne ne va pas tarder, et en effet il sortira dans deux semaines, au premier dimanche de février. Du coup j’avais deux choix, soit je finissais ce billet ce week-end pour parler de Nanoha et je ne faisais rien la semaine suivante pour me préparer, soit je séparais le billet en deux parties. Après tout, je n’ai jamais essayé de découper les billets un peu plus développés en plusieurs parties, donc tentons ! Je vous retrouve donc la semaine prochaine pour vous parler du reste des séries et de l’univers de Nanoha. En attendant prenez bien soin de vous, et à bientôt.

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