Kemono Friends – L’arrache de Noé

Et maintenant, quelque chose de complètement différent. En effet, plutôt que de parler d’une série, d’un manga ou d’une autre œuvre japonaise, on va aujourd’hui parler d’un phénomène (qui tourne autour d’une série, certes) qui est arrivé cet hiver dans nos timelines Twitter, à contre-courant d’absolument tout. Ce saumon de la hype, c’est Kemono Friends, et si je vais devoir en parler un petit peu pour contextualiser, je vais surtout vous parler de son aspect le plus intéressant : sa popularité.

Mais je vous parle d’une série populaire et pourtant il est fort possible que vous n’en ayez pas entendu parler. En effet, la série est avant tout populaire au Japon, le premier épisode de Kemono Friends trônant très loin au-dessus de tous ceux des autres séries de la saison niveau nombre de vues du premier épisode sur NicoNico Channel. Et c’est loin d’être le seul élément de preuve de sa très grande popularité, il suffit de se pencher pour en trouver. On pourrait parler des précommandes, et effectivement la série marche très bien de ce côté-là. On peut aussi regarder les recherches Google, la popularité des différents hashtags, et cætera, mais pour entamer l’angle que j’aborderai plus tard dans ce billet, regardons les tags sur pixiv.

Le tag de Kobayashi-san Chi no Maid Dragon (autre série populaire de cette saison) va jusqu’à 184 pages (ce qui est tout à fait honorable), celui de Kono Subarashii Sekai ni Shukufuku wo! (une série dont la première saison l’an dernier était déjà très populaire) monte la mise à 275, et Kemono Friends, du haut du milieu de sa première saison, fait les high scores avec un tag à 306 pages. On admettra que le jeu smartphone qui a précédé la série lui aura donné un peu d’avance (une quarantaine de pages sont antérieures à la diffusion de l’anime), mais ça fait tout de même environ 10000 fanarts concoctés en l’espace d’un mois. C’est beaucoup.

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Quelques stats sur les vues des anime de la saison présents sur NicoNico Channel. Le KyoAni de la saison se retrouve avec moins de la moitié des vues de KemoFure, c’est juste auch.

C’est beaucoup, et pourtant, absolument personne ne l’avait vu venir, pas même les plus grands experts. Pas même le staff de l’anime, entre le réalisateur qui, profitant d’une petite pause, va voir ce qui se passe sur le net et n’arrive pas à saisir ce qui lui arrive, et le producteur qui avoue en interview que la popularité de la série le laisse tout à fait perplexe. Pas même les créateurs du jeu original, dont les serveurs se sont clos un mois avant le début de la diffusion, et qui, semblant assumer avoir loupé le coche, déclarent ne pas avoir l’intention de relancer le jeu. D’ailleurs, si vous avez cliqué sur un des liens du second paragraphe, vous aurez peut-être remarqué ce détail : les producteurs de la série n’avaient pas prévu de sortir les Blu-Ray de la série, ils sont vendus exclusivement en bonus avec un guide illustré officiel. Sur Amazon JP vous ne les trouverez donc que dans la catégorie livres.

Car rien, absolument rien ne semblait prédestiner la série à la célébrité. Une série en 3DCG immonde adaptée d’un jeu smartphone défunt, produite par un studio débutant, réalisée par un animateur 3D dont c’est le premier travail en tant que réalisateur et doublé par un casting de seiyuu de seconde zone ? N’en jetez pas tant, on en viendrait à croire que je force le trait. Et en effet, tout au plus on remarquera la présence d’Aya Uchida (Kotori dans Love Live!, Komaru dans Danganronpa) dans le rôle du personnage principal, et celle de Mine Yoshizaki, l’auteur de Keroro Gunsou, au concept design (c’est-à-dire qu’il a notamment écrit l’univers du projet et fait les chara-designs initiaux, à la fois pour le jeu, pour le manga et pour l’anime). Et d’ailleurs tout portait à croire, au début de la saison, qu’il n’y avait effectivement rien de spécial à voir là, c’est seulement vers fin janvier que la série a pris vraiment son envol.

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Envol, oiseau, haha, vous pigez ?

Mais maintenant nous sommes devant le fait accompli, la série continue de faire parler d’elle dans les médias japonais et les cages des servals continuent à attirer leur monde dans les zoos japonais. À moins qu’on dise « des servaux » ? Bref, la série est très populaire, si ce n’est qu’au Japon, du coup aurais-je eu tort de ne pas en parler dans ce billet sur mes attentes de la saison d’hiver ? Ben, pas vraiment.

Le premier épisode de Kemono Friends nous présente assez bien son univers : un gigantesque zoo à ciel ouvert nommé Japari Park où gambadent en paix des animaux anthropomorphiques nommés les Friends, chacun vivant dans son biome. On notera sans trop de surprise que les Friends semblent être exclusivement femelle. La série tourne autour d’une Friend amnésique qui se retrouve dans le Parc et ignore quel animal elle est. Accompagnée de Serval, elle va parcourir Japari Park et découvrir plein d’autres Friends.

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Le premier épisode fait apparaître des ennemis mais après ça il n’est pratiquement plus fait mention d’eux (même s’il y a de fortes chances pour qu’ils reviennent après), la série se concentre donc avant tout sur du slice of life où chaque épisode nous présente un biome avec son lot de Friends. Malheureusement, au-delà de la qualité toute relative de la 3D, la série souffre d’une mise en scène extrêmement rigide et pleine de maladresse. Les petites intrigues sont souvent dénuées d’intérêt et le rythme est globalement soporifique.

Je pourrais aussi parler des quelques bonnes choses que propose la série, mais là n’est pas l’intérêt de cette billet, donc réservons-nous pour le bilan de la saison. En attendant je ne pense pas m’avancer en disant que, d’un point de vue qualitatif, clairement Kemono Friends n’est pas la série de la saison. Alors d’où vient cette popularité soudaine, pourquoi Kemono Friends ?

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Okay, c’est une AUTRE raison possible, mais vu que Sakura Trick n’a toujours pas de saison 2 je pense que ça ne compte pas.

Eh bien sachez que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, je ne suis pas le seul à me poser la question. À l’inverse des sites d’actualité anime/manga occidentaux qui bottent en touche en tentant de vendre la série comme une sorte de gemme cachée, les blogs et sites d’actus japonais regorgent d’idées sur le nom des étoiles qui se sont alignées : l’influence de la communauté furry japonaise, les dialogues des Friends qui évoquent la façon de parler des hôtesses, le soutien des reptiliens… Et le sujet déchaîne les passions des observateurs, les articles se posant la question étant légion. Mais si je ne pense pas non plus avoir la réponse (existe-t-il seulement une réponse spécifique ?), laissez-moi vous donner mes deux sous sur la question.

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Une enquête sur ce que les gens pensent être la raison de cette popularité. 37,1% : l’intérêt de l’oeuvre ; 29,7% : Internet ; 18,3% : l’attrait des personnages ; 9,2% : aucune idée ; 5,8% : autres. (source)

Avant tout, Kemono Friends joue énormément sur ses personnages : si on en parle c’est parce que ses filles-animaux plaisent. Le casting est riche et chacun peut y trouver ce qui lui plait, que ça soit au niveau des designs ou des personnalités, qui sont aussi variés que facilement identifiables. Et surtout, au contraire de Touken Ranbu: Hanamaru de la saison précédente, Kemono Friends présente ses personnages de façon cyclique, comme un One Piece : à chaque environnement (et donc à chaque épisode) son casting, ce qui permet à la série de ne pas être handicapée par son nombre de personnages.

Et si Kemono Friends est très facile d’accès (en témoigne son nombre de vues sur Niconico), elle s’offre un univers avec un certain degré de profondeur, suggérant régulièrement que Japari Park est situé dans un monde post-apocalyptique où les humains auraient disparu et où le zoo aurait continué à tourner tout seul grâce à son GlaDOS à lui. Mais c’est bien beau d’avoir des personnages et un univers sympa, mais qu’est-ce qui se passe quand l’œuvre elle-même n’est pas terrible ? Les fans prennent le relais.

Kemono Friends fait partie de ces œuvres qui donnent aux créateurs tous les outils pour faire quelque chose d’intéressant, même quand l’œuvre elle-même n’en fait pas tant. Pensez à Star Wars et à son univers étendu développé en grande partie par des fans des films, pensez à ces jeux PC dont la popularité à long terme tient plus de leurs mods que du jeu original. Kemono Friends est une série médiocre mais pleine de potentiel (merci le concept de Mine Yoshizaki) et simple d’accès, ce qui en fait un terrain de jeu formidable pour un bon paquet de créateurs.

Et je vais insister, mais il est important de noter l’aspect inattendu du succès de la série. Pensez à Re:Zero kara Hajimeru Isekai Seikatsu et à sa grande popularité l’année dernière. Celle-ci était calibrée pour le succès : deux cours commençant au printemps avec un premier épisode d’une heure, marketing en forme de rouleau compresseur, un gros casting de seiyuu, des collaborations dans tous les sens, bref. À l’inverse d’un projet comme ça, Kemono Friends est une série à laquelle même ses créateurs ne croyaient pas (le producteur a déclaré qu’ils s’attendaient à ce qu’un spectateur sur dix saisisse l’attrait de la série).

Ainsi, Kemono Friends montre la puissance et l’importance du travail des fans, et notamment des créateurs, au Japon. On est tous conscients de ça grâce à la popularité des conventions comme le Comiket, mais on voit là que ça s’applique même dans une industrie d’apparence aussi unidirectionnelle que celle de l’animation. Suffisamment pour mettre à l’amende toutes les séries de créateurs vétérans et les faire presque passer au second plan.

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De gauche à droite : KonoSuba (en bleu), Kemono Friends (en rouge), Youjo Senki (en jaune), Kobayashi-san Chi no Maid Dragon (en vert), Gintama (en violet).

Est-ce que la série connaîtra un jour la même popularité en Occident ? Douteux. Est-ce que cette popularité durera ? Je n’y crois pas trop, même si Yoshizaki a déclaré que le projet allait continuer après la fin de l’anime. Mais en tant que phénomène, Kemono Friends est significatif et intéressant. Ce n’est pas pour autant que je vous conseillerais de regarder l’anime, mais si ce billet vous aura fait prendre conscience de son existence et de ce qu’elle représente, je pense que c’est déjà pas mal.

C’est tout pour cette semaine, la semaine prochaine on reprend avec quelque chose d’un peu plus habituel : on va parler de sport. En attendant, n’oubliez pas les leçons de nous aînés pour savoir où tracer la ligne :

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