Automne 2018 : Le Pronostic

Pour nous autres spectateurs, cette année 2018 est décidément une bien bonne année. Du côté de l’industrie on dira poliment que c’est plus contrasté, mais le fait est que chaque saison nous a jusque-là apporté son lot de séries fraîches portées par des créateurs talentueux, en contrepartie d’une proportion devenue habituelle de catastrophes de productions. Et si l’automne est comme à l’accoutumée une des saisons les plus chargées de l’année, avec notamment de nombreux retours très attendus de licences, ça n’est peut-être pas la plus intéressante d’un point de vue créatif.

C’est aussi ça, le jeu, quand l’industrie tourne tellement à bloc que les artistes talentueux se voient éparpillés sur de multiples projets à la fois. Du coup j’ai assez peu de projets coups de cœur à pointer du doigt a priori, et je vous conseillerai simplement de vous référer à l’article du Sakuga Blog qui sortira prochainement (ndMoi-même : bon, il est sorti hier finalement) pour avoir des coups de projecteur un peu plus, heu, éclairés. Mais d’abord, mes quelques centimes sur les projets qui sentent bon cet automne.

Kaze ga Tsuyoku Fuiteiru

Commençons par un gros candidat facile à repérer : Kaze ga Tsuyoku Fuiteiru. Le studio Production I.G nous sort depuis une quasi-dizaine d’années avec régularité des adaptations de séries sportives qualitatives, et si toutes ne mettent pas tout le monde d’accord, j’aurais bien du mal à chercher la petite bête à un projet aussi bien parti pour être quali. On peut mettre à son crédit, pour commencer, la rassurante présence de Kazuya Nomura à la réalisation, un garçon versatile dont la présence ne peut créer qu’un seul doute : qu’advient-il de Black Fox pendant ce temps ?

Du côté de l’animation, le trailer nous permet de découvrir quelques petits morceaux de character acting sympathiques dans plusieurs registres différents, tandis que le staff nous permet de nous rassurer vis-à-vis des moments plus intenses, qui ne devraient pas être en reste (oui parce que je ne l’ai peut-être pas dit mais ça parle de sport, et de marathon tout particulièrement). En effet, le prolifique animateur et character designer Takahiro Chiba sera entouré de Takashi Mukouda et Hideki Takahashi, deux superviseurs de l’animation largement impliqués dans certains des meilleurs moments de Haikyuu! et de Ballroom e Youkoso.

Malheureusement, comme d’habitude Production I.G fait de son mieux pour rester une boîte noire, donc c’est dur de grappiller des infos sur l’état de la production. Mais il y a des raisons d’avoir la foi, d’autant que si Ballroom e Youkoso n’est pas exactement sorti dans le meilleur contexte imaginable, Kaze ga Tsuyoku Fuiteiru profite d’un studio I.G a priori moins dispersé par des projets sortant dans le même laps de temps, ce qui permettra sans doute à la productrice de l’animation Keiko Matsushita de pleinement exploiter son carnet d’adresses pour nous offrir du biscuit avec régularité.

Cela étant dit et malgré la présence du formidable Yuuki Hayashi à la bande-son (pour le dernier lien, cliquez sur la piste 29 pour voir), c’est surtout sur l’autrice originale du roman que j’aimerais attirer l’attention, puisqu’il s’agit de Shion Miura. Cette dame, on lui doit l’excellent Fune wo Amu, qui fait partie des séries animées les plus cruellement sous-estimées de cette décennie, la faute à une diffusion dans la case Noitamina peu de temps après que les droits de diffusion de la case aient été choppés par Amazon. Kaze ga Tsuyoku Fuiteiru est cela dit une œuvre antérieure à Fune wo Amu dans leur format original commun, mais vu la réception du roman, il y a fort à parier que déjà en 2006 elle avait la capacité d’écrire avec finesse des personnages profonds qu’on retrouve dans Fune wo Amu.

Yagate Kimi ni Naru

Si le studio TROYCA n’a pas forcément eu beaucoup de chance avec ses premières productions, les dernières séries du studio d’Ei Aoki ont pu rassurer les curieux. Mais ce n’est pas tant pour les beaux yeux du studio que je m’intéresse à Yagate Kimi ni Naru, mais bien parce que l’œuvre originale de Nio Nakatani mérite toute l’attention qu’on peut lui prêter.

Pour la pitcher en quelques mots : Yuu est une jeune fille qui passe son temps à lire des histoires de romance, et rêve de cet amour idéal que la fiction lui fait miroiter. Mais le dernier jour de sa vie de collégienne, un copain de classe lui confie ses sentiments, et ô rage, elle ne ressent rien sinon de la déception. Sans pouvoir répondre à cette confession, elle commence sa vie de lycéenne, et découvre au détour d’un bâtiment du bahut Touko, la présidente du bureau des élèves, en train de rejeter avec grâce son propre prétendant. Yuu admire sa maturité et, se reconnaissant dans les mots de Touko, elle se décide à lui demander l’aide qu’elle ne parvenait pas à demander à ses propres amies… Mais alors que les deux jeunes filles apprennent à se connaître, Touko se découvre ce qui ressemble à un début d’amour pour cette jeune fille qui, comme elle jusque-là, ne comprend pas ce que c’est d’aimer.

Vous allez me dire, « c’est assez bateau comme histoire », et je dois dire qu’en effet j’ai bien du mal à rendre honneur au manga avec mes propres mots. Mais mon incompétence n’est pas la seule en cause, puisque c’est aussi et surtout l’élégance de la narration du manga, sa mise en scène éloquente et sa capacité à développer intelligemment des personnages bien construits qui font sa force. Il est facile de se reconnaître dans les inquiétudes et les valeurs des protagonistes de Yagate Kimi ni Naru, qui sont tout sauf superficielles. Et si je peux glisser ma propre expérience dans tout ça, j’aimerais ajouter que c’est un manga qui me touche beaucoup.

Et que dire de l’adaptation de cet excellent et profondément charmant shoujo-ai ? Que si la présence de Makoto Katou à la réalisation de la série pourra inquiéter ceux et celles qui se sont heurtés à la fin abrupte de son adaptation de Sakurako-san no Ashimoto ni wa Shitai ga Umatte Iru, on peut aussi s’en réjouir. Car si Sakurako-san avait effectivement une fin décevante, la série était par ailleurs réalisée de façon plus que compétente, en mettant efficacement en place des ambiances, en jouant sur les détails et sur la lumière, et en mettant sans trop d’excès l’accent sur ses scènes les plus fortes, ce qui est plus que compatible avec le ton et la narration de Yagate Kimi ni Naru.

Ainsi, et si ses épisodes de Re:Creators ont montré qu’il n’était pas non plus l’ennemi de l’action (tout en gardant cette attention à la lumière), je pense le garçon on ne peut plus adapté à souligner les qualités de l’œuvre originale sans pondre une adaptation qui ne tente rien par elle-même. Les thèmes sont certes on ne peut plus différents, mais on peut déjà noter dans les PVs cette attention aux petits rien qui font tout, et on ne peut qu’espérer que l’animé ne se terminera pas en queue de poisson.

Irozuku Sekai no Ashita kara

Pas autant de choses à dire sur le nouveau projet original du champêtre studio P.A. Works, sinon que j’ai espoir. La série nous parle d’une jeune fille, issue d’une longue lignée de magiciens, qui a perdu très jeune la capacité de percevoir les couleurs, et a à cause de ça grandi dans une sorte d’indolence émotionnelle bien regrettable. Pour remédier à ça, sa grand-mère décide d’envoyer la demoiselle dans le passé, vers l’an de grâce 2018, à l’époque où elle-même avait 17 ans.

Je n’ai pas grand-chose à dire de plus car si j’ai plutôt foi en Toshiya Shinohara, un réalisateur vétéran qui a appris sous Osamu Dezaki et fait depuis plusieurs années partie des freelances préférés du studio de Nanto (une relation qui a culminé en la réalisation de l’excellente série Nagi no Asukara), j’ai quelques inquiétudes vis-à-vis de la capacité du studio à terminer l’année correctement. C’est en effet la troisième série produite par le studio cette année, ce qui laisse assez peu de marge au staff, mais ça succède surtout à la production du film Sayonara no Asa ni Yakusoku no Hana o Kazarou, plus connu en France sous le nom de Maquia: When the Promised Flower Blooms, ou « le film à Mari Okada », ou « rip si t’habites pas à Paris ». Bref.

Mais pourquoi s’inquiéter plus de la proximité de la production de ce film quand le studio P.A. Works a sorti deux séries télé depuis ? Tout simplement à cause de la superposition des staffs : à peu près tous les membres de l’équipe d’Irozuku Sekai no Ashita kara était impliquée dans Maquia, notamment l’animatrice Yuki Akiyama (qui est la character designer et superviseuse de l’animation principale d’Irozuku) et la color designer Nakano (que l’on connaît parce que, bah, elle était dans Shirobako). Mais surtout, Shinohara, en tant que collaborateur de longue date d’Okada, était vice-réalisateur sur Maquia et a donc nécessairement dû s’impliquer à fond dans la production pour permettre à son amie de sortir sa première œuvre en tant que réalisatrice, bien qu’elle n’ait jusque-là jamais été créditée à un rôle de réalisation, si insignifiant soit-il.

Bref, tout ça pour dire que je ne sais pas si la production de la série aura eu le temps de prendre l’avance nécessaire pour se finir sans catas. Si le trailer peut servir d’indice, j’aurais plutôt tendance à penser que oui, et quoi qu’il en soit je suis fasciné par la qualité de la réalisation des décors et l’attention aux détails qui caractérise les meilleures productions du studio. Une autre inconnue : la qualité du scénario, et là encore on aurait des raisons d’y croire, vu que la scénariste de la série est aussi celle de Tsuki ga Kirei (Yuuko Kakihara, pour la citer). Allez, on en veut.

Release the Spyce

Il faut croire que désormais à chaque année on aura le droit à une nouvelle série originale avec des espionnes cool. Après avoir l’an dernier parlé avec excitation de Princess Principal (en m’inquiétant seulement du scénario, COMME QUOI), et dans l’attente de pouvoir vous parler l’an prochain de Black Fox, on va donc s’enjailler sans retenue pour Release the Spyce.

Premier taf en tant que réalisatrice de série de l’animatrice ex-Manglobienne Akira Satou, Release the Spyce est un projet que l’on doit à deux créateurs connus de nos services, à savoir Takahiro au scénario (YuuYuuYuu pour citer son plus glorieux) d’un côté, et de l’autre côté Namori (Yuru Yuri) au character design. Ce qui nous garantit d’ores et déjà des personnages adorables qui interagissent de façon amusante sous nos yeux attendris d’une affection presque parentale, mais pas que.

Car comme le trailer le montre, Release the Spyce s’annonce pas piqué des hannetons du côté de l’animation, et le staff confirme l’ambition du projet, avec notamment l’implication au character design de l’excellent Satoshi Ishino, un freelance dont le nom est dans les premières lignes du carnet d’adresses de certains producteurs de l’animation chez Bones, qui sera une ressource bien utile pour les trois superviseurs de l’animation principaux de la série, un trio composé de deux filles (Michiko Asada et Hiromi Niwa) et un garçon (Shouhei Nishijima).

Sur les trois, seul Nishijima a de l’expérience dans la supervision (parce que c’est comme ça que l’industrie roule désormais, on peut déjà être heureux qu’Ishino soit de la partie), mais ses deux camarades n’ont pas à rougir de leur CV non plus, donc on ne peut que souhaiter à tous et toutes que le projet se déroule sans trop d’accrocs. Le planning a l’air solide, et dans tous les cas il y a du bon son, reste juste à voir où Takahiro veut amener tout ça.

Les autres bons feelings

La fatigue me rattrape et l’envie de concision aussi, alors passons à un rythme d’un paragraphe par anime. Celui-ci est l’un des plus intrigants de la saison, mais pas forcément des plus attendus. Car si SSSS.Gridman est une production Trigger, ce qui est désormais toujours synonyme avec « attentes démesurées », elle arrive quelques mois seulement après la fin de Darling in the FranXX, qui aura été loin de convaincre tout le monde, et elle aborde un thème qui parle moins que le mecha : le tokusatsu. Si je ne suis pas complètement fasciné par le projet, force est d’admettre que le réalisateur, Akira Amemiya, que l’on peut désigner sans trop de soucis comme l’un des apprentis les plus dignes de confiance d’Imaishi, a une vision pour la licence. Si le trailer ne vous en convainc pas totalement, je vous conseille de vous rapporter au court #9 du Japan Animator Expo (cherchez boys invent great hero sur YouTube), qui était déjà réalisé par Amemiya et dédié à Gridman. Est-ce que ces idées survivront dans un projet commercial complet ? On va bien voir.

Je vous en avais déjà parlé il y a quelques semaines pour son annonce : Hashiritsuzukette Yokatta tte. sort cet automne, et sera réalisé par un vétéran reconnu et apprécié par tout un tas de créateurs (dont le cousin Yuasa), Masatsugu Arakawa. Le thème est intéressant, y’a de la musique par HoneyWorks, ça fait que quatre épisodes, jetez-y un œil si vous pouvez.

Après avoir lu et aimé, puis vu et re-aimé, Ushio to Tora, je dois bien avouer que je suis très très hypé par l’adaptation de Karakuri Circus, autre grande saga du mangaka Kazuhiro Fujita. L’œuvre a belle réputation, l’anime reprend une bonne partie du staff d’Ushio, l’opening est par BUMP OF CHICKEN, il est physiquement impossible pour moi de ne pas être hypé à fond, et vous devriez l’être aussi.

Restons dans les adaptations de vieilles séries shonen avec JoJo no Kimyou na Bouken: Ougon no Kaze (bref, JJBA: Golden Wind / Vento Aureo), pour dire deux choses. D’un côté, c’est une partie de la saga qui a peu de fans hors du Japon, et c’est quelque chose que je regrette, parce que malgré d’énormes défauts c’est une partie très fun et créative de la saga de Hirohiko Araki. De l’autre, j’ai envie de croire en cette adaptation et j’en suis incapable : le niveau absurde de détail des character designs de Takahiro Kishida, le staff rafistolé à la ficelle de boucher, la durée de trois cours qui a fuité… La série a les moyens de briller, son premier teaser en est la preuve, mais j’ai très peu de foi en sa capacité à rester à flot. Si elle parvient à tenir à peu près aussi bien que Diamond wa Kudakenai, ça sera déjà plus qu’honorable.

J’ai pas encore trouvé de trucs qui me fascinent tant que ça dans Tsurune, hormis le fait que ça soit une production Kyoto Animation, ce qui en soit est déjà pas mal. Même les character designs de la pourtant excellente Miku Kadowaki ne me parlent pas trop, c’est dire. Ensuite, de base j’aime les séries de sport, donc tant que le scénario est bon (c’est pour moi la grosse inconnue), je serai là.

Les mentions plus ou moins honorables

Passons à la vitesse supérieure, et mettons les vidéos promotionnelles en lien sur les titres des séries : je vous recommande d’avance Kishuku Gakkou no Juliet pour une romcom très sympathique avec une adaptation a priori pas bien ambitieuse. Du côté de chez Doga Kobo il y a eu une petite fuite des cerveaux mais je suis très hypé par leur adaptation d’un adorable manga Kirara nommé Anima Yell!, et aussi un peu hypé par l’adaptation pleine de bonnes intentions du très con (mais drôle) Uchi no Maid ga Uzasugiru!. Un peu dans le même genre mais moins osé visuellement, j’aime beaucoup le manga Tonari no Kyuuketsuki-san, qui est conceptuellement un cousin éloigné de Kiniro Mosaic mais avec une vampire.

Abordons rapidement les séries courtes avec le fort humoristique Gaikotsu Shotenin Honda-san qui aura droit à une adaptation que je qualifierai poliment de DLE-core (mais ça lui va très bien au teint), l’adorable Okoshiyasu, Chitose-chan qui parle d’un pingouin en vacances à Kyoto (par le staff de Bananya), et surtout le nouveau projet de ce doux dingue de Koutarou Ishidate (gdgd Fairies, Tesagure! Bukatsumono, Mahou Shoujo? Naria Girls). Le key visual est piégeur (car superbe), mais si vous aimez le crack et la CG approximative, Himote House sera probablement pour vous.

On approche de la fin, encore quelques animés : Fairy Tail c’est Fairy Tail, Sword Art Online c’est Sword Art Online, et dans les deux cas vous savez déjà si ça vous intéresse. Toaru Majutsu no Index fait son retour, ce qui est déjà en soi une curiosité, mais surtout l’arc qui sera adapté ayant la réputation qu’il a, j’ai hâte de pouvoir enfin le suivre, sans m’attendre pour autant à des merveilles visuelles. De son côté, Tensei Shitara Slime Datta Ken m’a plutôt plu en version manga (enfin, à hauteur d’un seul tome lu), mais je n’attends pas grand-chose de l’anime même si la présence au character design d’Ebata lui-même invite à garder l’œil ouvert.

Et pour finir je vais laisser de côté les très attendus Goblin Slayer et Radiant, que je regarderais avec des attentes faibles dans la perspective de me laisser surprendre par quelques scènes d’action sympatoches, et je vais plutôt miser sur Seishun Buta Yarou, qui ne sera probablement pas un anime incroyablement bien réalisé, mais qui promet des personnages sympathiques et intéressants, ne serait-ce que via le nom de son auteur original, Hajime Kamoshida (Sakura-sou no Pet na Kanojo et Just Because!).

C’est un peu tout ce que j’ai à évoquer de concret pour la saison qui commence la semaine prochaine, en espérant que ça aura attiré votre attention sur des séries qui étaient passées en-dessous de votre radar. À vous les studios.

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